mercredi 27 Mai 2026
Lors d'une conférence organisée ce 26 mai 2026, la Loterie nationale a dévoilé plusieurs chiffres inédits sur les habitudes de jeu des Belges. Entre explosion des mises chez les opérateurs privés, inquiétudes liées à l'addiction et progression du marché illégal, l'opérateur public appelle à une régulation davantage basée sur l'évaluation réelle des risques.
La Loterie nationale a choisi de jouer la carte de la transparence. À l'occasion de sa conférence « Cartes sur table », organisée ce mardi 26 mai, son CEO Jannie Haek a présenté plusieurs données rarement mises en avant publiquement concernant les comportements de jeu en Belgique.
Le chiffre qui retient immédiatement l'attention concerne le volume colossal des mises enregistrées sur le marché belge des jeux d'argent. Selon les données reprises du rapport annuel 2024 de la Commission des Jeux de Hasard, plus de 23 milliards d'euros auraient été misés en ligne en Belgique sur les jeux de hasard, paris sportifs et produits assimilés.
En intégrant également les établissements physiques comme les casinos, agences de paris et salles de jeux automatiques, les mises réalisées chez les opérateurs privés atteindraient 33,7 milliards d'euros en 2024. À titre de comparaison, ce montant s'élevait à 10,3 milliards d'euros en 2012.
Face à ces montants, la Loterie nationale rappelle que ses propres jeux ont généré 1,5 milliard d'euros de mises la même année.
Durant cette conférence, la Loterie nationale a clairement opposé son modèle à celui des opérateurs privés. Pour Jannie Haek, la différence ne se limite pas à la légalité des produits proposés.
L'opérateur public défend un modèle basé sur « beaucoup de joueurs qui jouent de petites mises », avec des revenus réinjectés dans des projets d'intérêt collectif. À l'inverse, la Loterie pointe un secteur privé soumis à des impératifs de rentabilité et à la pression des actionnaires.
Cette prise de position intervient dans un contexte particulièrement sensible en Belgique, marqué par un durcissement progressif de la réglementation sur les jeux de hasard, notamment via l'arrêté royal du 27 février 2023 limitant fortement la publicité pour les jeux d'argent.
L'un des principaux messages portés lors de cette conférence concerne la manière d'évaluer les risques liés aux jeux d'argent.
Selon la Loterie nationale, le débat public se concentre trop souvent sur l'opposition entre jeux légaux et illégaux, ou encore entre opérateurs publics et privés, sans analyser suffisamment les mécanismes concrets qui favorisent les comportements problématiques.
L'opérateur estime qu'une politique publique efficace doit prendre en compte plusieurs critères :
Cette approche s'inscrit notamment dans la continuité du nouveau système de classification des jeux mis en place récemment par la Loterie nationale avec son « Nutri-Score » du risque d'addiction. Lire aussi : La Loterie Nationale introduit un Nutri-Score des jeux pour mesurer le risque d'addiction
Autre donnée dévoilée : les comptes joueurs de la plateforme en ligne de la Loterie nationale contiendraient au total environ 16 millions d'euros pour un peu plus de 1,2 million de comptes actifs.
Cela représente une moyenne d'environ 13 euros par compte. La Loterie nationale considère ce chiffre comme la preuve d'une politique visant à limiter l'accumulation d'argent sur les comptes joueurs et à réduire le réengagement automatique des gains.
L'opérateur public demande désormais davantage de transparence de la part des opérateurs privés concernant les sommes conservées sur les wallets des joueurs.

Le sujet de l'addiction reste au cœur du débat politique et sanitaire en Belgique.
Le Conseil supérieur de la santé considère désormais les jeux de hasard comme un véritable enjeu de santé publique et continue de défendre une interdiction plus large de la publicité pour les jeux d'argent.
Les données de Sciensano estiment qu'environ 2,6 % de la population belge présente un risque de comportement problématique lié au jeu. Rapporté à la population belge, cela représenterait plus de 300.000 personnes potentiellement à risque.
Ces chiffres avaient récemment été utilisés par BAGO pour défendre une approche plus ciblée de la régulation publicitaire. Lire aussi : Publicité pour les jeux de hasard : BAGO s'appuie sur les chiffres de Sciensano pour défendre une politique plus cohérente
Le rapport annuel 2024 de la Commission des Jeux de Hasard montrait déjà un recul global du marché légal belge des jeux de hasard, une première depuis plusieurs années hors période Covid.
Toutefois, la présidente de la CJH, Magali Clavie, soulignait que les joueurs déjà inscrits auprès des opérateurs légaux continuaient à jouer intensivement malgré la baisse du nombre de nouveaux comptes.
Lire aussi : Données financières 2024 de la CJH : recul du marché, chute des B+ et inquiétude face aux sites illégaux
Dans le même temps, le marché illégal reste une source d'inquiétude majeure pour l'ensemble du secteur. Les plateformes non autorisées continuent d'attirer des joueurs belges grâce à des offres interdites sur le marché régulé belge : bonus de bienvenue, limites moins strictes ou encore catalogues de jeux plus étendus.
Selon plusieurs estimations relayées ces derniers mois par les opérateurs légaux et différentes associations sectorielles, le volume de mises réalisé sur les sites illégaux dépasserait désormais largement celui du marché régulé.
Enfin, les données communiquées montrent également l'ampleur croissante des exclusions de jeu en Belgique.
Au 1er mai 2026, 200.521 personnes étaient reprises dans le système EPIS de la Commission des Jeux de Hasard.
Parmi elles :
Des chiffres qui illustrent l'importance prise par les problématiques de jeu excessif dans le débat public belge, alors que les autorités continuent de chercher un équilibre entre protection des joueurs, maintien d'un marché légal attractif et lutte contre l'offre illégale.
Pour rappel, parmi ces 200.521 personnes interdites de jeu, 58.138 le sont en raison de leur profession, une catégorie qui concerne notamment certaines fonctions publiques, huissiers, magistrats, policiers ou encore notaires soumis à une interdiction légale d'accès aux jeux de hasard.