mardi 14 Juillet 2026
À l'occasion d'une interview diffusée dans l'émission Le 6-8 sur la RTBF, François Mertens, psychologue spécialisé dans les addictions au sein de l'ASBL Pelican, rappelle que le premier gros gain peut paradoxalement être le point de départ d'une addiction. Il livre également plusieurs conseils pour reconnaître les premiers signes d'un jeu problématique et encourage les joueurs à demander de l'aide dès les premières difficultés.
Pour de nombreux joueurs, décrocher un jackpot ou remporter un pari important représente un rêve. Pourtant, selon François Mertens, psychologue spécialisé dans les addictions, ce premier succès peut constituer le véritable déclencheur d'une dépendance.
Invité dans l'émission Le 6-8 de la RTBF, il explique qu'un gain important procure un puissant cocktail d'émotions. Le joueur se sent chanceux, parfois même convaincu d'avoir développé une compétence particulière. Cette sensation l'incite naturellement à vouloir revivre cette expérience.
Or, rappelle le spécialiste, les jeux de hasard et d'argent sont conçus pour être rentables pour les opérateurs sur le long terme.
« Tous les jeux de hasard et d'argent sont prévus à terme pour avoir un bénéfice à l'opérateur et pas à la personne qui joue », souligne-t-il.
Après les premiers gains vient souvent une phase de pertes. C'est précisément à ce moment que peut apparaître le comportement addictif.
Le joueur tente de récupérer l'argent perdu en jouant davantage. Mais plus il joue, plus les pertes s'accumulent, alimentant un cercle vicieux difficile à interrompre.
Selon François Mertens, cette alternance entre gains et pertes constitue l'un des principaux mécanismes psychologiques de l'addiction aux jeux de hasard.
Contrairement à certaines idées reçues, il n'existe pas de profil unique.
« Tous les profils sont concernés par l'addiction au jeu », rappelle le psychologue.
Certaines catégories restent toutefois plus vulnérables :
Dans ce contexte, François Mertens salue la réduction importante de la publicité pour les jeux d'argent décidée par les autorités belges afin de limiter l'exposition des publics les plus fragiles.
Pour détecter un début d'addiction, le spécialiste invite chacun à répondre honnêtement à trois questions très simples.
Est-ce que je joue trop d'argent ?
Il s'agit d'évaluer si les sommes engagées dépassent ce que l'on peut raisonnablement se permettre de perdre.
Est-ce que je joue trop longtemps ?
Le temps consacré au jeu peut progressivement empiéter sur la vie familiale, professionnelle ou sociale.
Est-ce que je joue trop souvent ?
Multiplier les paris ou les sessions de jeu, notamment lors d'événements sportifs comme la Coupe du monde, constitue également un signal d'alerte.
Selon François Mertens, ces trois indicateurs permettent déjà d'identifier une pratique qui devient problématique.
Le psychologue insiste sur un point essentiel : il ne faut pas attendre que la situation soit catastrophique.
Dès que les pertes financières, les conflits familiaux ou les émotions négatives apparaissent, il est recommandé de consulter.
L'un des principaux obstacles reste la honte.
« Quand on gagne, on en parle facilement. Quand on perd, la honte et la culpabilité poussent souvent les joueurs à s'isoler », explique-t-il.
Afin de faciliter l'accès aux soins, l'ASBL Pelican propose une plateforme gratuite et anonyme : joueurs.aide-en-ligne.be.
Les joueurs peuvent y évaluer leur pratique grâce à un auto-test et bénéficier, s'ils le souhaitent, d'un accompagnement psychologique pendant douze semaines, par téléphone ou par chat.
Enfin, François Mertens rappelle que sortir d'une addiction est rarement un processus linéaire.
Des rechutes peuvent survenir sans remettre en cause les progrès réalisés. Avec le temps, la personne apprend à mieux comprendre ses mécanismes de jeu et développe progressivement de nouveaux outils pour reprendre le contrôle.
Son conseil, s'il ne devait en retenir qu'un, est d'une grande simplicité :
« Parlez-en. »
Source : Interview de François Mertens dans Le 6-8 et article de la RTBF « Jeux d'argent et de hasard : les conseils d'un psychologue pour sortir de l'addiction ».