Jeux de hasard en ligne : la Belgique ne canaliserait plus que 62 % de son marché
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Marché illégal en Belgique : que signifie vraiment le taux de canalisation de 62 % ?

mercredi 8 Juillet 2026

Jeux de hasard en ligne : la Belgique ne canaliserait plus que 62 % de son marché

Selon des données de H2 Gambling Capital présentées lors de Gaming in Holland 2026, 62 % seulement du marché belge des jeux de hasard en ligne seraient encore canalisés vers l'offre agréée. Un chiffre préoccupant, mais qui doit être interprété avec prudence : il ne signifie pas que quatre joueurs belges sur dix fréquentent des sites illégaux. Il confirme néanmoins la pression croissante exercée par l'offre non agréée sur le modèle réglementé belge.

Jeux de hasard en ligne : la Belgique ne canaliserait plus que 62 % de son marché

Une nouvelle estimation place la Belgique au milieu du classement européen en matière de canalisation des jeux de hasard en ligne. Selon des données de H2 Gambling Capital présentées en juin 2026 lors de la conférence Gaming in Holland, 62 % du marché belge en ligne seraient captés par des opérateurs actifs dans le circuit réglementé.

La Belgique se situe ainsi juste devant la France, créditée de 61 %, et la Suisse, à 60 %, mais loin derrière les pays européens qui parviennent à conserver la grande majorité de l'activité de jeu au sein de leur offre légale. Le chiffre est suffisamment préoccupant pour relancer le débat sur l'efficacité de la réglementation belge. Il doit toutefois être interprété correctement. Un taux de canalisation de 62 % ne signifie pas automatiquement que 38 % des joueurs belges utilisent des sites illégaux.

Cette distinction est essentielle.

La Belgique loin des meilleurs marchés européens

Les chiffres de H2 Gambling Capital portent sur l'année 2025 et ont été présentés lors de Gaming in Holland 2026. Ils montrent des écarts considérables entre les différents marchés européens. Le Royaume-Uni atteindrait un taux de canalisation de 93 %, devant l'Italie à 90 %. La Grèce, la République tchèque et la Roumanie suivraient avec 82 %, tandis que l'Irlande atteindrait 80 %. Plus bas dans le classement, le Danemark est crédité de 66 %, devant la Belgique à 62 %, la France à 61 %, la Suisse à 60 % et les Pays-Bas à 55 %. À l'autre extrémité du classement figurent notamment l'Allemagne à 47 %, l'Autriche à 36 %, la Finlande à 26 % et la Norvège à seulement 23 %.

Avec ses 62 %, la Belgique ne figure donc pas parmi les marchés européens les moins performants. Elle reste toutefois très loin d'un objectif de canalisation totale, qui consisterait à maintenir la quasi-totalité de l'activité de jeu auprès des opérateurs agréés.

62 % de canalisation ne signifie pas que 38 % des joueurs jouent illégalement

Il serait tentant de conclure que 38 % des joueurs belges utilisent des casinos ou des sites de paris illégaux. Ce serait aller trop vite.

Un taux de canalisation mesure la part du marché qui reste dans le circuit réglementé. Selon les études, cette mesure peut être calculée sur la base des revenus, des dépenses, de l'activité des comptes ou d'autres indicateurs économiques. La publication qui reproduit les données de H2 Gambling Capital ne fournit pas le détail complet de la méthode de calcul appliquée spécifiquement à la Belgique. Il n'est donc pas possible de transformer mécaniquement les 38 % restants en un nombre de joueurs.

Un même joueur peut, par exemple, utiliser à la fois des sites légaux et illégaux. Il peut effectuer la majorité de ses dépôts auprès d'un opérateur agréé et ne consacrer qu'une petite partie de ses dépenses à un site offshore. À l'inverse, un nombre relativement limité de joueurs très actifs peut représenter une part importante des montants dépensés sur le marché non réglementé.

Le nombre de visiteurs, le nombre de joueurs, le montant des mises, les dépenses nettes et le produit brut des jeux sont donc des indicateurs différents.

Cette nuance est particulièrement importante dans le cas belge, où plusieurs études récentes aboutissent à des résultats apparemment très différents parce qu'elles ne mesurent pas la même chose.

Trafic, dépenses et nombre de joueurs : des chiffres qui ne sont pas directement comparables

En avril 2026, la Belgian Association of Gaming Operators, BAGO, a affirmé que près de deux tiers du trafic belge lié aux jeux de hasard en ligne se dirigeaient vers des sites illégaux. L'association indiquait également que, selon une étude réalisée pour le secteur, 23 % des dépenses avaient été captées par des opérateurs non agréés en janvier 2025.

Ces deux pourcentages sont déjà très différents : environ deux tiers du trafic d'un côté, 23 % des dépenses de l'autre. Le taux de 62 % publié sur la base des données de H2 Gambling Capital constitue encore un troisième indicateur.

Il n'y a pas nécessairement de contradiction. Un site illégal peut recevoir énormément de visites sans convertir tous ses visiteurs en joueurs actifs. Certains joueurs peuvent consulter plusieurs plateformes avant de déposer. Les montants dépensés peuvent également être très différents d'un groupe à l'autre.

Le principal enseignement n'est donc pas qu'un chiffre serait juste et les autres faux. C'est plutôt que l'importance du marché illégal dépend fortement de la manière dont il est mesuré. Pour évaluer précisément l'efficacité de la politique belge, il faudrait idéalement disposer régulièrement de plusieurs indicateurs : part des joueurs, part des dépenses, part du produit brut des jeux et part du trafic.

Les jeunes Belges restent particulièrement exposés aux sites illégaux

Les propres travaux commandés par la Commission des jeux de hasard montrent également que le marché illégal ne constitue pas un phénomène marginal.

En 2025, la CJH a publié une enquête réalisée par DataSynergy auprès des jeunes de 18 à 30 ans. Plus d'un jeune joueur sur quatre déclarait utiliser des sites de jeux de hasard illégaux.

L'étude intervenait dans un contexte particulier. Depuis le 1er septembre 2024, l'âge minimum pour participer à la plupart des jeux de hasard et paris en Belgique est passé à 21 ans. Les jeunes de 18 à 20 ans ne peuvent donc plus accéder à l'offre privée agréée, alors que les sites illégaux ne respectent pas nécessairement cette interdiction.

BAGO affirme de son côté que l'utilisation de sites illégaux atteindrait 65 % chez les hommes âgés de 18 à 21 ans. Ce chiffre provient d'une étude commandée par le secteur et doit donc être distingué des statistiques officielles, mais il souligne lui aussi une difficulté centrale : une personne exclue du marché légal ne cesse pas nécessairement de jouer.

Le marché légal belge est devenu beaucoup plus contraignant

Le taux de canalisation de 62 % intervient après plusieurs années de durcissement important de la législation belge.

Depuis le 1er juillet 2023, la publicité pour les jeux de hasard est fortement restreinte. Le sponsoring sportif a ensuite été progressivement limité.

Depuis le 1er septembre 2024, l'âge minimum pour accéder aux casinos, salles de jeux automatiques, paris et jeux de hasard en ligne a été porté à 21 ans.

La même année, l'article 60 de la loi sur les jeux de hasard a été renforcé. Pour les opérateurs en ligne, les cadeaux et avantages accordés aux joueurs sont désormais interdits dans le cadre prévu par la législation belge.

Les joueurs sont également soumis à une limite de dépôt de 200 € par semaine et par site. Ils doivent être contrôlés via le système EPIS et leur identité doit être vérifiée.Toutes ces mesures poursuivent un objectif de protection des joueurs. Elles créent toutefois un écart de plus en plus important entre l'offre légale et l'offre illégale, qui ne respecte ni la limite de dépôt, ni EPIS, ni l'âge minimum belge, ni les restrictions relatives aux promotions.

Les bonus expliquent-ils la fuite vers les sites illégaux ?

Les données présentées à Gaming in Holland apportent un élément de réponse, mais il convient là encore d'éviter une transposition trop rapide à la Belgique.

H2 Gambling Capital a interrogé des joueurs néerlandais utilisant des opérateurs non agréés. La première raison citée pour jouer illégalement était l'existence de meilleures offres promotionnelles, avec 27 % des réponses. Suivaient une meilleure offre de produits à 16 %, de meilleures cotes à 14 %, le fait d'être bloqué auprès des opérateurs locaux à 13 % et l'inscription actuelle ou passée à un registre d'auto-exclusion à 13 %.

Les paiements en cryptomonnaies et la volonté d'éviter les contrôles d'identité arrivaient beaucoup plus bas dans le classement.

Ces résultats concernent les Pays-Bas, pas la Belgique. Ils ne permettent donc pas d'affirmer que les joueurs belges se rendent sur des casinos illégaux pour les mêmes raisons.

Ils posent néanmoins une question pertinente pour la Belgique. À mesure que les promotions, la publicité et les possibilités de jeu sont limitées sur le marché légal, l'écart commercial avec les opérateurs offshore peut-il devenir suffisamment important pour encourager certains joueurs à quitter le circuit réglementé ?

Le chiffre de 62 % ne répond pas à cette question. Il montre en revanche que le débat ne peut plus se limiter à la seule création de nouvelles restrictions.

Un joueur qui quitte le marché légal quitte aussi le système de protection belge

La canalisation n'est pas seulement un enjeu économique pour les opérateurs agréés.Elle constitue l'un des principes centraux de la réglementation des jeux de hasard. L'objectif est de permettre une offre légale suffisamment accessible et identifiable pour que les joueurs qui souhaitent jouer le fassent dans un environnement contrôlé. Sur un site agréé en Belgique, l'opérateur doit notamment appliquer les contrôles d'âge, consulter EPIS, respecter la limite de dépôt et mettre en œuvre les obligations de protection prévues par la législation.

Ces mécanismes ne s'appliquent pas à un casino offshore. La Cour constitutionnelle a d'ailleurs rappelé en décembre 2025 que la politique belge en matière de jeux de hasard poursuit à la fois un objectif de protection des joueurs et un objectif de canalisation vers les opérateurs agréés afin de lutter contre le marché illégal. Plus la canalisation diminue, plus une partie de l'activité échappe précisément aux règles créées pour protéger les joueurs.

Faut-il pour autant supprimer les restrictions ?

Le taux de 62 % ne prouve pas que les restrictions belges sont responsables, à elles seules, de la progression du marché illégal.

Il serait tout aussi excessif de conclure que la solution consiste à rétablir les bonus, à libéraliser la publicité ou à supprimer les limites de dépôt.

D'autres facteurs jouent un rôle : visibilité des sites illégaux dans les moteurs de recherche, marketing sur les réseaux sociaux, influenceurs, facilité des paiements internationaux, cryptomonnaies, changements rapides de noms de domaine et difficulté à faire appliquer les décisions belges à des sociétés établies à l'étranger.

La question centrale est donc celle de l'équilibre.

La Belgique doit protéger les joueurs sans rendre l'offre légale si difficile à identifier ou si éloignée des attentes du public que certains utilisateurs se tournent vers des opérateurs non contrôlés.

La Belgique a surtout besoin de mieux mesurer son marché illégal

Le chiffre de 62 % doit être considéré comme un signal d'alerte, mais aussi comme le révélateur d'un manque de données publiques consolidées.

La Belgique publie une liste noire de sites illégaux. Elle mène des enquêtes auprès des joueurs. Le secteur produit ses propres estimations du trafic et des dépenses. Des sociétés spécialisées comme H2 Gambling Capital calculent de leur côté des taux de canalisation.

Mais ces indicateurs ne reposent pas toujours sur les mêmes méthodes.

Avant de tirer des conclusions politiques, il serait utile de disposer d'une mesure régulière et transparente précisant clairement :

  • la part des joueurs qui utilisent uniquement des sites agréés ;
  • la part de ceux qui jouent à la fois sur des sites légaux et illégaux ;
  • la part de ceux qui utilisent exclusivement l'offre illégale ;
  • la part des dépenses et du produit brut des jeux captée par les opérateurs non agréés.

Sans cette distinction, un taux de canalisation peut facilement être mal interprété.

Un taux de 62 % qui doit malgré tout inquiéter

Même en prenant toutes les précautions méthodologiques nécessaires, la position belge reste préoccupante.

Le pays se situe loin derrière le Royaume-Uni et l'Italie. Il ne devance que légèrement la France et la Suisse, tandis que plusieurs marchés européens particulièrement restrictifs figurent encore plus bas dans le classement. Le chiffre ne permet pas d'affirmer que quatre joueurs belges sur dix jouent illégalement.

Il montre toutefois qu'une part importante de l'activité en ligne échapperait au marché réglementé. Pour la Belgique, l'enjeu des prochaines années ne sera donc pas uniquement d'ajouter de nouvelles règles. Il sera de s'assurer que les règles existantes atteignent réellement leur objectif.

Car une protection des joueurs qui ne s'applique plus à une part croissante du marché risque, à terme, de perdre une partie de son efficacité.

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