600 millions d'euros et 160 casinos : l'enquête qui révèle comment un réseau illégal cible aussi les joueurs belges
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Interdits EPIS, bonus et statut VIP : dans la machine des casinos illégaux liés à Soft2Bet

mercredi 8 Juillet 2026

600 millions d'euros et 160 casinos : l'enquête qui révèle comment un réseau illégal cible aussi les joueurs belges

Une enquête internationale menée pendant un an révèle les ramifications d'un vaste réseau d'environ 160 casinos en ligne opérant, pour la plupart, sans les autorisations requises dans plusieurs pays européens. Entre mai 2020 et mai 2024, 600 millions d'euros ont transité depuis deux sociétés chypriotes vers Soft2Bet et ses partenaires, selon des milliers de relevés financiers obtenus par les journalistes. La Belgique est directement concernée : des joueurs interdits via EPIS auraient pu continuer à miser, recevoir des bonus et même accéder à des programmes VIP sur des plateformes sans licence de la Commission des jeux de hasard. Soft2Bet conteste les conclusions de l'enquête et nie tout acte répréhensible.

Un joueur interdit de casino en Belgique peut-il malgré tout ouvrir un compte, déposer de l'argent et jouer en ligne ? Chez un opérateur légal, le système EPIS est précisément conçu pour l'en empêcher. Sur un casino illégal, cette protection peut disparaître en quelques clics.

C'est l'un des constats les plus inquiétants d'une enquête internationale menée pendant un an par Investigate Europe avec des partenaires médiatiques dans quinze pays, dont Le Soir en Belgique. Derrière une industrie officielle, des marques réglementées et une entreprise récompensée à de nombreuses reprises, les journalistes affirment avoir découvert un vaste écosystème de casinos en ligne opérant sans les autorisations nationales nécessaires.

Des documents internes indiqueraient que Soft2Bet et ses partenaires exploitent ou fournissent des services à environ 160 casinos. Parmi eux, 145 figureraient sur la liste noire d'au moins un pays européen. Mais l'enquête va plus loin. Des milliers de relevés financiers font apparaître 600 millions d'euros de transferts entre mai 2020 et mai 2024 depuis deux sociétés chypriotes vers Soft2Bet et différentes entreprises associées.

La Belgique n'est pas simplement concernée de loin par ce réseau international. Des joueurs belges ont raconté avoir pu jouer sur des plateformes sans licence de la Commission des jeux de hasard, malgré une interdiction de jeu. D'autres auraient été encouragés à continuer à miser à l'aide de bonus, de managers VIP et d'offres personnalisées.

Environ 160 casinos dans un même écosystème

Soft2Bet est loin d'être une entreprise inconnue de l'industrie internationale des jeux d'argent. Fondée en 2016 par Uri Poliavich, l'entreprise est devenue un important fournisseur de technologies et de services pour les casinos en ligne et les paris sportifs. Elle met publiquement en avant onze marques actives dans différents marchés réglementés ainsi que ses solutions technologiques.

Selon Investigate Europe, Soft2Bet aurait réalisé 152 millions d'euros de bénéfices en 2024. L'entreprise a également remporté de nombreuses récompenses au sein de l'industrie. Mais des documents internes obtenus par les journalistes dresseraient un portrait beaucoup plus vaste de ses activités. Des fichiers et conversations internes semblent faire apparaître environ 160 casinos liés à Soft2Bet et à ses partenaires. Certains seraient indiqués comme étant gérés « en interne », tandis que d'autres utiliseraient les services du groupe pour le compte de clients.

Sur ces quelque 160 casinos, 145 figureraient sur la liste noire d'au moins un pays européen.

Le problème est essentiel : une licence délivrée dans un territoire offshore ne donne pas automatiquement le droit de proposer des jeux d'argent partout en Europe. Pour cibler légalement les joueurs belges, un casino en ligne doit disposer de l'autorisation requise en Belgique.

Les sites concernés utilisent pourtant des méthodes qui peuvent donner à un joueur l'impression qu'ils acceptent normalement la clientèle belge. Langue française, drapeau belge, moyens de paiement familiers, publicités ciblées et références explicites à la Belgique : l'apparence locale peut être trompeuse.

600 millions d'euros de transferts financiers

Le chiffre le plus spectaculaire de l'enquête est celui de 600 millions d'euros.

Il doit toutefois être interprété avec précision. Il ne s'agit pas nécessairement du chiffre d'affaires de Soft2Bet, ni des bénéfices réalisés par un seul réseau de casinos. Il s'agit, selon les relevés financiers obtenus par Investigate Europe, de transferts effectués entre mai 2020 et mai 2024 par deux sociétés chypriotes, Tranello et Tilaros, vers Soft2Bet et différentes entreprises partenaires ou associées.

Ces deux sociétés étaient chargées de gérer des paiements liés à des casinos en ligne. Selon l'enquête, les relevés montrent que plus de 330 millions d'euros ont notamment été transférés vers des sociétés alors détenues par Uri Poliavich.

Parmi celles-ci figureraient Outono, qui était à l'époque la maison-mère de Soft2Bet, et Brainrocket, présentée comme une branche technique de l'écosystème. D'autres millions auraient été versés à des entreprises actives dans le marketing et le service client. Les relevés obtenus par les journalistes indiqueraient également que Tilaros a servi au paiement de plusieurs cadres de Soft2Bet. Uri Poliavich aurait par ailleurs disposé d'une carte bancaire liée aux comptes de cette société.

Pour Investigate Europe, ces éléments mettent en évidence une forte imbrication entre les différentes structures. Un ancien employé interrogé par le consortium résume la situation en expliquant que les différentes sociétés utilisaient les mêmes canaux de communication internes.

Un expert en investigation financière cité dans l'enquête estime de son côté que la séparation entre certaines structures semble essentiellement « décorative ». Soft2Bet rejette cette interprétation.

Des sociétés-écrans pour exploiter des dizaines de casinos

Selon l'enquête, deux sociétés établies à Curaçao ont joué un rôle important dans le développement de ce réseau : Araxio Development et Rabidi.

Araxio Development aurait été créée par Uri Poliavich en 2016, peu après le lancement de Soft2Bet. Rabidi aurait ensuite été fondée par l'intermédiaire d'un ancien employé. Ces structures auraient été utilisées pour exploiter ou licencier des dizaines de casinos en ligne.

Deux autres entreprises basées à Chypre, Tranello et Tilaros, intervenaient dans les paiements. Ce montage permettait de dissocier, sur le papier, les casinos, les paiements, les services techniques et les activités marketing. Mais les documents internes, les relevés financiers et les témoignages d'anciens collaborateurs recueillis par les journalistes montreraient de nombreux liens entre ces différentes entités.

Les casinos concernés ont progressivement attiré l'attention des autorités européennes. Des sites auraient été inscrits sur des listes noires dès 2017. Araxio Development et Rabidi auraient également été sanctionnées à plusieurs reprises en Belgique, selon les informations du Soir. Les amendes belges, représentant au total plusieurs centaines de milliers d'euros, n'auraient jamais été payées.

Les deux sociétés et les structures chypriotes associées ont finalement été déclarées en faillite en 2023 et 2024. Les activités n'auraient toutefois pas cessé.

Avant les premières condamnations, des dizaines de casinos auraient été transférés vers une nouvelle structure. De nouveaux sites auraient ensuite continué à apparaître.

Le véritable problème pour la Belgique : les protections disparaissent

Pour un joueur belge, le principal enseignement de cette enquête ne se trouve peut-être pas dans les structures financières complexes. Il se trouve dans ce qui se passe au moment de l'inscription.

Le marché belge impose des règles strictes aux opérateurs légaux. L'identité et l'âge du joueur doivent être contrôlés. L'accès aux jeux de hasard et aux paris est réservé aux personnes âgées d'au moins 21 ans. Le système EPIS permet également d'empêcher les personnes interdites de jeu d'accéder aux établissements et plateformes concernés par leur exclusion.

Mais un casino illégal ne respectant pas le système belge peut faire disparaître ces protections. C'est précisément ce que plusieurs témoignages recueillis dans le cadre de l'enquête semblent illustrer.

Les journalistes du consortium affirment avoir pu s'inscrire sur différents sites sans véritable contrôle préalable de l'identité ou de l'âge. Des joueurs interdits auraient également réussi à créer un compte et à déposer de l'argent.

Un Bruxellois interdit de jeu réussit à déposer de l'argent

Le Soir rapporte notamment le cas de Sébastien, un Bruxellois d'une vingtaine d'années passionné de football et dépendant aux paris sportifs. Le jeune homme estime avoir perdu plusieurs milliers d'euros sur Slots Palace, un casino présenté dans les documents de l'enquête comme une marque gérée en interne dans l'écosystème lié à Soft2Bet. Sébastien explique avoir découvert le site par l'intermédiaire d'un influenceur sur TikTok.

Le mécanisme est classique dans l'univers de l'affiliation : un créateur de contenu dirige ses abonnés vers un casino à l'aide d'un lien ou d'un code personnel et reçoit une rémunération liée aux joueurs recrutés. Dans certains modèles d'affiliation, cette rémunération peut dépendre des pertes enregistrées par les joueurs apportés au casino.

Sébastien savait que le site n'était pas autorisé en Belgique. Cela ne l'a pas empêché de s'inscrire.

Plus inquiétant encore, il figurait déjà parmi les personnes interdites de jeu. Il affirme pourtant avoir pu déposer de l'argent par carte bancaire ou avec Apple Pay. Après avoir perdu des sommes importantes, il aurait demandé au casino de l'auto-exclure. Mais lors d'un entretien avec Le Soir, il aurait constaté qu'il pouvait toujours accéder à son compte.

Son interdiction EPIS n'a donc pas constitué une barrière efficace face à une plateforme opérant en dehors du système réglementé belge.

Interdite de jeu, une joueuse belge devient cliente VIP

Le témoignage d'Anna, prénom d'emprunt, est encore plus révélateur. Cette joueuse souhaitait profiter de son déménagement de l'Angleterre vers la Belgique pour arrêter les jeux d'argent. Elle décide donc de s'auto-exclure.

L'envie de jouer finit toutefois par revenir. Anna découvre alors Casinia, une marque qu'elle relie à l'écosystème étudié par les journalistes. Elle remarque rapidement plusieurs signes inhabituels, notamment des changements réguliers d'adresse internet. Elle joue ensuite sur d'autres plateformes et constate de nombreuses similitudes dans les offres commerciales, les interfaces et les campagnes de promotion.

Lorsqu'elle reçoit une promotion de Spinanga, elle dit par exemple retrouver une offre similaire chez Posido. Ses dépenses augmentent. Elle dépose parfois plusieurs centaines d'euros par semaine. Puis vient une nouvelle étape : l'accès au statut VIP.

VIP Hive, le casino réservé aux gros joueurs

Anna est invitée à rejoindre VIP Hive, un casino accessible uniquement sur invitation et destiné aux joueurs considérés comme particulièrement importants. Le nom de VIP Hive apparaît également dans les documents internes obtenus par Investigate Europe.

La joueuse affirme y avoir retrouvé le même manager VIP que sur une autre plateforme. Le système serait fortement personnalisé. Selon son témoignage, un joueur qui mise moins ou semble traverser une mauvaise période peut recevoir de nouvelles offres destinées à le faire revenir. Des bonus supplémentaires peuvent être proposés au moment où l'activité diminue.

Anna affirme avoir reçu un jour un bonus de 200 euros. Lorsqu'elle a commencé à moins jouer, les avantages se seraient améliorés. Elle estime avoir perdu plusieurs milliers d'euros.

Son témoignage montre le contraste entre le marché légal belge, où les avantages accordés aux joueurs sont extrêmement encadrés, et certaines plateformes offshore capables de multiplier les promotions et les récompenses personnalisées.

Des demandes d'auto-exclusion qui traînent ou sont ignorées

Les témoignages de joueurs sont renforcés par ceux d'anciens employés. Un ancien membre du service client décrit des pratiques qu'il qualifie de « prédatrices ». Lorsqu'un joueur signalait un problème de jeu et demandait la fermeture de son compte, le processus pouvait volontairement être rendu difficile. Selon son récit, le client était invité à envoyer des e-mails supplémentaires et à répéter sa demande.

Des bonus pouvaient ensuite lui être proposés pour le convaincre de continuer à jouer. L'objectif aurait été de retarder autant que possible la fermeture définitive du compte.

Un ancien employé affirme également que certains comptes fermés pouvaient être rouverts, avant que le joueur ne recommence à recevoir des messages de bienvenue et de nouvelles promotions. Des conversations internes obtenues par Investigate Europe semblent, selon les journalistes, confirmer que la réouverture de certains comptes pouvait être considérée comme une décision commerciale.

Soft2Bet n'a pas répondu en détail à chacune de ces accusations, mais nie toute pratique répréhensible.

Une Britannique perd 145.000 livres malgré ses demandes de fermeture

L'enquête cite également le cas de Rachel, une joueuse britannique.

Après s'être exclue des sites légaux de son pays, elle se serait tournée vers des casinos opérant hors du système réglementé. En neuf mois, elle affirme avoir perdu 145.000 livres sterling sur deux sites liés par les journalistes à l'écosystème étudié.

Elle aurait demandé à plusieurs reprises la fermeture de son compte. Ses demandes auraient été ignorées ou retardées. Quelques minutes après avoir raconté son histoire aux journalistes, elle aurait reçu une nouvelle promotion lui proposant des tours gratuits.

Un autre joueur, Stefan, âgé de 48 ans et vivant en Autriche, affirme de son côté avoir perdu 70.000 euros sur deux casinos liés au réseau. Il raconte avoir utilisé l'argent de sa propre entreprise pour continuer à jouer. Personne ne lui aurait demandé l'origine des fonds ni s'il pouvait se permettre de telles dépenses. Son entreprise a finalement fait faillite.

Le jeu du chat et de la souris avec les autorités

Les régulateurs européens connaissent depuis plusieurs années une partie de ces casinos. Le problème est leur capacité à changer rapidement de structure et d'adresse internet. Une autorité peut identifier un casino, inscrire son URL sur une liste noire et demander son blocage. Mais le site peut réapparaître sous une adresse légèrement différente.

La procédure doit alors recommencer. Une société peut également être remplacée par une nouvelle entité enregistrée dans un autre pays. L'enquête décrit ainsi un véritable jeu du chat et de la souris entre les autorités nationales et des réseaux capables de déplacer leurs activités.

Un ancien développeur interrogé par Investigate Europe estime qu'au moment où un régulateur ouvre une enquête, le groupe visé peut déjà avoir plusieurs coups d'avance. Cette situation pose une question importante pour la Belgique.

Une liste noire reste indispensable pour identifier et bloquer les casinos illégaux. Mais elle intervient souvent après l'apparition du site. Entre-temps, les joueurs peuvent avoir été recrutés par les réseaux sociaux, des influenceurs, des programmes d'affiliation ou des moteurs de recherche.

Onlyspins mélange casino et contenus sexuels

L'enquête révèle également l'existence d'une nouvelle marque particulièrement controversée : Onlyspins. Le site mélange jeux de casino et contenus sexuels. Les utilisateurs peuvent débloquer des vidéos explicites en jouant. Les contenus mettraient en scène à la fois de véritables modèles et des personnages générés par intelligence artificielle.

Un ancien employé décrit le concept comme la combinaison de « deux addictions ». Pour la Belgique, la manière dont le site localise son offre est particulièrement intéressante. Alors même que ses conditions générales interdiraient officiellement aux Belges de créer un compte, le site propose une version française accompagnée d'un drapeau belge.

Il met également en avant des références aux « meilleurs jeux en Belgique ». Les journalistes affirment avoir pu utiliser la plateforme sans véritable contrôle préalable de l'identité ou de l'âge. Le site aurait enregistré plus d'un million de visites depuis des pays de l'Union européenne entre février et avril 2026.

Des paiements qui passent par des sociétés réglementées

La question des moyens de paiement constitue une autre partie importante de l'enquête. Lors d'une tentative de dépôt depuis l'Allemagne, Investigate Europe affirme avoir été redirigé vers un compte chez Trumia, une société de paiement électronique détenue par Uri Poliavich et réglementée à Malte. Lors d'un test réalisé depuis la Belgique, Le Soir a réussi à déposer de l'argent sur Onlyspins.

Le destinataire apparaissant sur les informations bancaires était Zentoria, une société enregistrée en Irlande. Cette entreprise possède une licence irlandaise de jeux d'argent, mais pour un autre casino.

Pour les journalistes, ces éléments soulèvent une question : des sociétés ou structures réglementées peuvent-elles servir à traiter des paiements provenant de plateformes qui, elles, ne disposent pas de licence dans le pays où se trouve le joueur ?

L'enquête ne conclut pas à une condamnation judiciaire de Soft2Bet sur ce point. Elle met toutefois en évidence des flux financiers et des connexions que les autorités devront examiner.

Soft2Bet conteste l'enquête

Soft2Bet nie tout acte répréhensible. Dans sa réponse au consortium de journalistes, l'entreprise affirme que les informations qui lui ont été présentées reposent sur une interprétation incorrecte et trompeuse de ses activités et de sa structure. Le groupe assure prendre très au sérieux la conformité, la gouvernance et les pratiques commerciales responsables.

Soft2Bet affirme également opérer conformément aux exigences légales et réglementaires applicables et dialoguer de manière constructive avec les autorités lorsque cela est nécessaire. Cette réponse est importante. À ce stade, les éléments publiés reposent sur une enquête journalistique, des milliers de relevés financiers divulgués, des documents internes, des conversations et des témoignages d'anciens employés.

Les liens décrits par les journalistes ne doivent pas être présentés comme une condamnation judiciaire définitive de Soft2Bet.

Le marché illégal révèle la limite du modèle belge

La Belgique dispose d'un cadre parmi les plus stricts d'Europe pour les jeux d'argent en ligne. Un joueur doit avoir au moins 21 ans. L'identité doit être contrôlée. Les personnes interdites de jeu doivent être bloquées. Les opérateurs doivent disposer d'une licence et respecter des règles strictes en matière de protection des joueurs.

Mais ces obligations ne protègent réellement le joueur que lorsqu'il reste dans le circuit légal. Dès qu'il passe sur un casino sans licence, les barrières peuvent tomber les unes après les autres. EPIS peut ne plus être consulté. L'âge peut ne pas être réellement vérifié. Les bonus peuvent revenir. Une personne vulnérable peut être transformée en client VIP. Une demande de fermeture peut être compliquée ou retardée. Et lorsqu'un site est finalement bloqué, un autre peut apparaître. C'est peut-être la principale conclusion à tirer de cette enquête pour la Belgique. Le problème des casinos illégaux n'est pas seulement celui d'opérateurs qui échappent à l'impôt ou à la Commission des jeux de hasard.

Ces sites créent un marché parallèle dans lequel les joueurs les plus vulnérables peuvent précisément rechercher ce que le système légal belge tente de leur interdire. L'histoire d'Anna en est l'illustration la plus brutale : une joueuse qui voulait arrêter, qui s'était exclue et qui a finalement été récompensée par un statut VIP après avoir recommencé à perdre beaucoup d'argent.

La question n'est donc plus seulement de savoir combien de nouveaux sites la Commission des jeux de hasard peut ajouter à sa liste noire. Il faut aussi comprendre comment ces plateformes continuent à atteindre les joueurs belges, à accepter leurs paiements et à réapparaître sous de nouvelles identités.

Car derrière les 600 millions d'euros de transferts révélés par l'enquête se trouve une réalité plus concrète : celle de joueurs belges pour lesquels les protections prévues par la loi cessent d'exister dès qu'ils franchissent la frontière numérique entre le marché légal et le marché clandestin.

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