Jeux d'argent illégaux : le marché noir pèserait 91,6 milliards d'euros dans l'Union européenne
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Plus de 6.200 opérateurs illégaux ciblent l'Europe : la Belgique face à un marché noir en plein essor

jeudi 9 Juillet 2026

European Casino Association

Le marché des jeux d'argent en ligne illégaux ciblant les consommateurs européens aurait atteint 91,6 milliards d'euros en 2025, en hausse d'environ 14 % en un an. Selon une étude présentée au Parlement européen, les opérateurs non agréés généreraient désormais la majorité des revenus du gambling en ligne dans l'UE. Des chiffres qui résonnent particulièrement en Belgique, où la Commission des jeux de hasard vient encore d'ajouter 12 nouveaux domaines à sa liste noire.

Le marché illégal des jeux d'argent aurait atteint 91,6 milliards d'euros en Europe

Le marché noir des jeux d'argent en ligne continue de prendre de l'ampleur en Europe. Selon de nouvelles estimations présentées le 2 juillet 2026 lors d'une table ronde organisée au Parlement européen, les opérateurs illégaux ciblant les consommateurs de l'Union européenne auraient généré 91,6 milliards d'euros en 2025.

Le chiffre est d'autant plus marquant qu'il aurait augmenté d'environ 14 % en seulement un an. Lors de la préparation de cette table ronde, les organisateurs travaillaient encore avec une estimation de 80 milliards d'euros pour 2024. Ce montant était déjà dépassé au moment même de la réunion par la présentation des nouvelles données 2025.

Ces estimations proviennent d'une étude réalisée par Gambling Compliance International, ou GCI, à la demande de l'European Casino Association. Selon les calculs présentés par cette dernière, l'activité des sites illégaux aurait également privé les États membres de 22,9 milliards d'euros de recettes fiscales en 2025.

Les opérateurs illégaux seraient désormais majoritaires en ligne

Le chiffre de 91,6 milliards d'euros n'est pas le seul élément marquant de l'étude.

L'European Casino Association affirme également que les opérateurs illégaux représenteraient désormais la majorité des revenus des jeux d'argent en ligne dans les 27 pays de l'Union européenne.

Aucun pourcentage précis n'est communiqué, mais le constat avancé par l'association est majeur : à l'échelle européenne, les sites sans licence nationale généreraient désormais collectivement plus de revenus en ligne que les opérateurs agréés.

L'étude évalue par ailleurs à plus de 6.200 le nombre d'opérateurs illégaux qui cibleraient activement les consommateurs européens.

L'ECA va même plus loin en affirmant que la grande majorité des contenus liés aux jeux d'argent auxquels les internautes européens sont exposés en ligne ferait la promotion d'opérateurs non agréés. Cette domination numérique constitue l'une des principales inquiétudes du secteur réglementé : les sites illégaux peuvent utiliser des techniques publicitaires, des influenceurs, des réseaux d'affiliation ou encore des promotions qui sont interdites ou strictement encadrées pour les opérateurs légaux.

Pas de « marché gris » selon l'European Casino Association

L'European Casino Association insiste également sur la définition du jeu illégal.

Selon elle, il n'existe pas de « marché gris » ni de troisième catégorie entre les opérateurs légaux et illégaux. Un site est légal lorsqu'il dispose de la licence exigée dans le pays où il propose ses services. Dans le cas contraire, il est considéré comme illégal.

Cette distinction est particulièrement importante dans le domaine des casinos en ligne. Certains opérateurs mettent en avant une licence obtenue dans une autre juridiction pour tenter de rassurer les joueurs. Une telle autorisation ne permet toutefois pas automatiquement de proposer légalement des jeux dans tous les pays de l'Union européenne.

En Belgique, un opérateur en ligne doit disposer de la licence belge correspondant à son activité et utiliser le site internet autorisé dans le cadre de cette licence. Une autorisation étrangère ne suffit donc pas pour cibler légalement les joueurs belges.

C'est précisément sur ce principe que repose la liste noire de la Commission des jeux de hasard.

En Belgique, 12 nouveaux domaines viennent encore d'être ajoutés à la liste noire

La publication de ces chiffres européens intervient dans un contexte particulièrement actuel en Belgique.

Le 7 juillet 2026, la Commission des jeux de hasard a encore ajouté 12 nouveaux domaines à sa liste des sites de jeux interdits. La mise à jour, publiée le 9 juillet, porte la liste noire belge à 940 entrées.

Ces nouveaux ajouts illustrent l'un des principaux problèmes rencontrés par les autorités nationales. Lorsqu'un domaine est identifié et bloqué, certains opérateurs peuvent poursuivre leurs activités en utilisant un autre nom de domaine ou une nouvelle adresse.

La présence de plusieurs variantes appartenant manifestement au même univers dans la dernière mise à jour belge illustre ce phénomène. Slotuna apparaît avec deux domaines, Betalright avec deux adresses, Bino avec deux variantes et Boomzino avec également plusieurs noms de domaine.

La liste noire reste donc un outil nécessaire pour informer les joueurs et permettre le blocage des sites identifiés, mais elle doit faire face à un marché international particulièrement mobile.

Les jeunes joueurs belges sont également exposés aux sites illégaux

Le problème ne se limite pas à une liste de domaines interdits.

Une étude réalisée en 2025 par DataSynergy à la demande de la Commission des jeux de hasard avait déjà mis en évidence l'utilisation persistante de plateformes non agréées parmi les jeunes adultes belges. Selon les résultats publiés, 28 % des personnes âgées de 18 à 30 ans interrogées déclaraient utiliser des sites de jeux illégaux. Cette situation est particulièrement problématique dans un pays où l'offre légale est soumise à de nombreuses mesures de protection.

Les opérateurs agréés doivent notamment vérifier l'identité et l'âge des joueurs, respecter les règles d'exclusion via EPIS, appliquer les limitations prévues par la législation belge et se conformer aux restrictions en matière de publicité et de promotions.

Les sites illégaux ne sont pas soumis à ce cadre belge. Pour un joueur, cela signifie également qu'en cas de litige sur un retrait, de fermeture de compte ou de confiscation d'un solde, les possibilités de recours auprès des autorités belges sont fortement limitées.

Le sujet arrive désormais au Parlement européen

Face à la dimension transfrontalière du problème, l'European Casino Association souhaite que la lutte contre les jeux illégaux ne repose plus uniquement sur les autorités nationales.

La table ronde organisée au Parlement européen a réuni des parlementaires européens, des représentants de la Commission européenne, de l'Autorité européenne de lutte contre le blanchiment de capitaux, l'AMLA, d'Eurojust, du groupe parlementaire chargé du contrôle d'Europol, des régulateurs nationaux et des représentants du secteur.

Les discussions ont notamment porté sur la nécessité de renforcer les contrôles et la coopération entre les différents acteurs.

Le problème est en effet difficile à traiter exclusivement au niveau national. Un opérateur peut être établi hors de l'Union européenne, utiliser des infrastructures techniques situées dans plusieurs pays, accepter différents moyens de paiement et cibler simultanément des joueurs belges, français, néerlandais ou allemands.

La réunion intervient également dans le contexte d'une proposition de réforme du mandat d'Europol. Pour les participants, une meilleure coopération entre les services de police, les autorités financières, les régulateurs des jeux et les institutions européennes pourrait faciliter la lutte contre des réseaux qui dépassent largement les frontières nationales.

Europol appelé à jouer un rôle plus important

L'eurodéputé Lukas Mandl, qui accueillait la table ronde, estime que les jeux d'argent illégaux en ligne constituent une menace transfrontalière touchant à la fois la protection des consommateurs, la criminalité organisée et le fonctionnement du marché intérieur. Il plaide notamment pour que le mandat et les moyens d'Europol permettent à l'agence de mieux soutenir les États membres dans ce domaine.

Du côté de l'European Casino Association, son président Erwin van Lambaart demande une coopération renforcée entre les autorités nationales, les cellules de renseignement financier, la Commission européenne, Europol et l'AMLA.

L'objectif affiché est de mieux partager les informations et de transformer les données collectées sur le marché noir en mesures concrètes contre les opérateurs concernés. Des chiffres importants, mais à replacer dans leur contexte

Les montants annoncés doivent néanmoins être présentés avec prudence.

Les 91,6 milliards d'euros de marché illégal, les 22,9 milliards d'euros de pertes fiscales et les plus de 6.200 opérateurs actifs sont des estimations issues d'une étude commandée par l'European Casino Association.

L'ECA représente les intérêts de l'industrie européenne des casinos agréés. L'étude est réalisée par Gambling Compliance International, une société spécialisée dans l'analyse réglementaire et le suivi des marchés des jeux. GCI a acquis Yield Sec en 2025 et travaille depuis plusieurs années pour l'ECA sur l'analyse du marché des jeux dans les 27 États membres.

Le communiqué publié à l'issue de la table ronde ne présente toutefois pas la méthodologie complète permettant de vérifier précisément la manière dont le chiffre de 91,6 milliards d'euros a été calculé.

Ces données ne doivent donc pas être considérées comme une mesure officielle produite par l'Union européenne. Elles restent néanmoins révélatrices d'une préoccupation de plus en plus importante pour les régulateurs et l'industrie légale.

La liste noire belge face à un problème devenu européen

Les derniers ajouts effectués par la Commission des jeux de hasard montrent que la Belgique continue à agir contre les sites qui ciblent ses joueurs sans autorisation.

Mais le rapport de force semble de plus en plus difficile.

D'un côté, les autorités nationales identifient, inscrivent sur liste noire et tentent de bloquer les domaines illégaux. De l'autre, des milliers d'opérateurs peuvent agir au-delà des frontières, changer d'adresse et utiliser les mêmes canaux numériques pour toucher plusieurs marchés simultanément.

Avec un marché illégal estimé à 91,6 milliards d'euros et plus de 6.200 opérateurs actifs, l'European Casino Association défend désormais une réponse davantage coordonnée à l'échelle de l'Union européenne.

Pour la Belgique, la question est particulièrement concrète : la liste noire de la CJH continue de s'allonger, mais le nombre de joueurs attirés par l'offre illégale montre que le blocage des sites ne suffit probablement plus, à lui seul, à endiguer le phénomène.

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