L'ANJ lance « Zone à risques » avant le Mondial 2026 : la Belgique avait déjà choisi la voie de la prévention avec EPIS
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Coupe du Monde 2026 : France et Belgique renforcent leurs messages de prévention face à l'essor des paris sportifs

vendredi 5 Juin 2026

L'ANJ lance « Zone à risques » avant le Mondial 2026 : la Belgique avait déjà choisi la voie de la prévention avec EPIS

À quelques jours du coup d'envoi de la Coupe du Monde 2026, l'Autorité nationale des jeux (ANJ) déploie une nouvelle campagne de sensibilisation baptisée « Zone à risques ». Face à l'explosion attendue des paris sportifs pendant la compétition, le régulateur français souhaite alerter sur les dangers de l'addiction. Une démarche qui rappelle les initiatives menées en Belgique par la Commission des Jeux de Hasard (CJH), notamment lors de l'Euro 2024 et des Jeux Olympiques avec la campagne « Fais une pause avec EPIS ».

L'ANJ s'inquiète d'une Coupe du Monde sous le signe des paris

La Coupe du Monde 2026 s'annonce comme un événement record pour les opérateurs de paris sportifs. Selon les estimations de l'ANJ, les mises pourraient atteindre près de 1,2 milliard d'euros en France, contre environ 900 millions lors du Mondial 2022.

Cette projection s'appuie notamment sur une étude réalisée par Toluna-Harris Interactive pour l'ANJ. Celle-ci révèle que :

  • 57 % des Français comptent suivre la compétition ;
  • 41 % des personnes qui suivront le tournoi envisagent de parier de l'argent auprès d'un opérateur agréé ;
  • cette proportion grimpe à 54 % chez les moins de 35 ans ;
  • 30 % des futurs parieurs prévoient de miser davantage qu'au cours des précédentes compétitions internationales.

Des chiffres qui inquiètent particulièrement le régulateur français, alors que les jeunes adultes constituent déjà le cœur du marché des paris sportifs.

Une campagne qui détourne le célèbre bandeau jaune

Pour marquer les esprits, l'ANJ a choisi de transformer l'un des éléments les plus visibles des publicités pour les jeux d'argent : le bandeau jaune des mentions légales.

Dans la campagne « Zone à risques », ce bandeau devient une rubalise de chantier servant habituellement à délimiter une zone dangereuse. Le message est clair : lorsque le jeu devient excessif, le joueur entre dans une zone où les risques d'addiction, d'endettement et d'isolement deviennent bien réels.

Le dispositif s'accompagne d'une installation immersive dans l'espace public. Derrière une zone matérialisée par cette rubalise jaune, un comédien reproduit les comportements typiques d'un joueur en difficulté :

  • volonté de récupérer ses pertes ;
  • augmentation progressive des mises ;
  • nervosité et colère ;
  • isolement social ;
  • perte d'intérêt pour l'événement sportif lui-même.

La campagne renvoie également vers Evalujeu, l'outil d'auto-évaluation du jeu excessif développé par les autorités françaises.

Des signaux d'alerte particulièrement préoccupants

L'étude commandée par l'ANJ met en lumière plusieurs indicateurs préoccupants.

Si 83 % des Français identifient désormais les risques d'addiction liés aux paris sportifs, plus d'un tiers des parieurs réguliers déclarent avoir déjà eu le sentiment de perdre le contrôle de leur pratique.

Chez les moins de 25 ans, cette proportion atteint même 67 %. L'enquête souligne également qu'un Français sur cinq affirme connaître un proche ayant déjà rencontré des difficultés liées aux paris sportifs.

Ces résultats rejoignent ceux de l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), qui estimait en 2023 que 15,3 % des parieurs sportifs présentaient un comportement problématique.

En Belgique, la Commission des Jeux de Hasard a également renforcé son discours

Si la campagne française se distingue par sa mise en scène visuelle, les préoccupations du régulateur belge sont très similaires.

Le 20 mai dernier, à l'approche du Mondial 2026, la Commission des Jeux de Hasard (CJH) a publié un rappel destiné aux opérateurs de jeux. Le message est simple : L'interdiction des bonus et l'interdiction de la publicité.

La Commission insiste notamment sur plusieurs mécanismes de protection :

  • la limite de dépôt hebdomadaire fixée par défaut à 200 € ;
  • la possibilité de définir des limites personnelles plus strictes ;
  • l'utilisation d'EPIS, le système belge d'exclusion des jeux de hasard ;
  • l'importance de ne jamais considérer les paris comme un moyen de gagner de l'argent.

Ce rappel s'inscrit dans la continuité de la politique de prévention menée depuis plusieurs années par le régulateur belge.

Retour sur « Fais une pause avec EPIS » pendant l'Euro 2024

La Belgique avait déjà choisi d'intensifier sa communication préventive lors de l'Euro 2024 et des Jeux Olympiques de Paris. À cette occasion, la Commission des Jeux de Hasard avait lancé la campagne « Fais une pause avec EPIS ».

L'objectif était de mieux faire connaître le système d'auto-exclusion EPIS (Excluded Persons Information System), qui permet à toute personne de s'interdire volontairement l'accès aux casinos, salles de jeux automatiques, agences de paris et plateformes de jeux de hasard en ligne légales.

Le slogan mettait l'accent sur une idée simple : lorsqu'un joueur sent qu'il perd le contrôle, il peut décider lui-même de faire une pause.

Cette campagne intervenait alors que les grands événements sportifs sont régulièrement identifiés comme des périodes de risque accru pour les joueurs vulnérables en raison :

  • de la multiplication des rencontres ;
  • de l'intensification de l'actualité sportive ;
  • de l'augmentation de l'exposition aux opérateurs de paris ;
  • de la fréquence plus élevée des offres promotionnelles.

Deux approches différentes, un même constat

La comparaison entre les initiatives françaises et belges met en évidence une évolution commune des régulateurs européens. Longtemps centrées sur l'information et les mentions légales, les campagnes de prévention cherchent désormais à provoquer une réaction émotionnelle chez le public.

L'ANJ mise sur une mise en scène visuelle forte à travers sa « Zone à risques ». La Commission des Jeux de Hasard privilégie quant à elle des outils concrets comme EPIS et les mécanismes de limitation du jeu.

Dans les deux cas, le constat est identique : les grandes compétitions internationales constituent des périodes particulièrement sensibles pour les joueurs les plus vulnérables, notamment les jeunes adultes.

À l'heure où la Coupe du Monde 2026 pourrait battre tous les records de mises, les deux régulateurs semblent vouloir rappeler que derrière l'engouement sportif et les promesses de gains, les risques liés au jeu excessif restent bien réels.

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