mardi 11 Août 2026
Entre le 9 juin et le 7 août 2026, trois tickets validés en Belgique ont remporté ensemble 366.262.760 € à EuroMillions. Cette série exceptionnelle coïncide avec la proposition de l'économiste Jonas Van der Slycken de plafonner le jackpot à 10 millions d'euros et de répartir l'excédent entre davantage de gagnants. Une idée qui remet en question le principal moteur d'EuroMillions, mais qui ne constitue, à ce stade, aucune réforme officielle.
La Belgique traverse une période particulièrement favorable à EuroMillions. Vendredi 7 août 2026, un ticket validé dans notre pays a remporté l'intégralité du jackpot, soit 111.058.174 €. Pour gagner, il fallait avoir sélectionné les numéros 26, 29, 35, 38 et 47, ainsi que les étoiles 1 et 2.
Ce gain est le troisième jackpot EuroMillions attribué à la Belgique en moins de deux mois :
Au total, ces trois tickets ont donc rapporté 366.262.760 € à leurs détenteurs. Deux de ces gains dépassent les 100 millions d'euros, tandis que celui du 9 juin constitue le nouveau record belge à EuroMillions. Il a effacé le précédent sommet de 168.085.323 €, qui datait du 11 octobre 2016.
Cette succession ne signifie évidemment pas que les joueurs belges bénéficient de meilleures probabilités. Chaque grille conserve exactement les mêmes chances de décrocher le premier rang, soit une possibilité sur 139.838.160. Elle constitue néanmoins une série statistique spectaculaire pour un pays de la taille de la Belgique.
La série est encore plus impressionnante lorsque l'on tient compte du jackpot du 30 janvier 2026. Un ticket unique validé en Belgique avait alors remporté 123.555.827 €.
Depuis le début de l'année, quatre jackpots EuroMillions ont ainsi été gagnés dans notre pays, pour un montant cumulé de 489.818.587 € :
Jamais la Belgique n'avait enregistré autant de jackpots EuroMillions au cours d'une même année. Cette concentration de gains intervient alors qu'un débat émerge sur l'utilité de proposer des sommes pouvant atteindre plusieurs centaines de millions d'euros.
Jonas Van der Slycken, économiste, auteur et professeur invité à l'Université de Gand, souhaite revoir en profondeur le fonctionnement des grandes loteries. Dans son modèle de « loterie régénérative », l'objectif ne serait plus de transformer une seule personne en multimillionnaire, mais d'offrir des gains importants à un nombre beaucoup plus élevé de participants.
Sa proposition repose sur deux changements majeurs. Le premier consisterait à supprimer le mécanisme d'accumulation. Actuellement, lorsque personne ne trouve les cinq numéros et les deux étoiles, la somme réservée au jackpot est reportée sur le tirage suivant. La cagnotte peut ainsi progresser pendant plusieurs semaines.
Le second changement serait l'instauration d'un plafond. Pour EuroMillions, Jonas Van der Slycken évoque une limite de 10 millions d'euros. Toute somme dépassant ce montant serait alors affectée à d'autres catégories de gains.
L'argent pourrait notamment financer davantage de prix de 50.000 ou 100.000 €, être distribué par l'intermédiaire de codes bonus ou, selon une autre piste avancée par l'économiste, servir de capital de départ à des jeunes confrontés à une situation financière défavorable. Jonas Van der Slycken détaille lui-même cette proposition.
Appliquée théoriquement aux trois jackpots belges de l'été, une limite de 10 millions d'euros aurait laissé 336.262.760 € à redistribuer après le versement de 10 millions à chacun des trois gagnants principaux.
Cette somme aurait, par exemple, permis de financer plus de 3.300 gains supplémentaires de 100.000 €, ou plus de 6.700 gains de 50.000 €. Ce calcul purement illustratif ne tient toutefois pas compte de la répartition complète des gains entre les différents rangs ni des règles communes aux pays participants.
La proposition modifierait radicalement EuroMillions. Le plafond imaginé de 10 millions d'euros serait même inférieur au jackpot de départ actuel, qui revient généralement à 17 millions d'euros après qu'une cagnotte a été remportée.
Les règles en vigueur permettent par ailleurs au jackpot d'atteindre un plafond maximal de 250 millions d'euros. Sa modification devrait être décidée par les différentes loteries participant à EuroMillions. La Loterie Nationale belge ne pourrait donc pas transformer seule le mécanisme du jeu. Le règlement prévoit explicitement que le plafond relève des loteries participantes.
La difficulté d'une telle réforme est aussi commerciale. Les jackpots records attirent l'attention, suscitent une forte couverture médiatique et encouragent des personnes qui jouent rarement à acheter une grille.
Les chiffres de la Loterie Nationale montrent directement cet effet. En 2025, EuroMillions avait proposé deux jackpots de 250 millions d'euros. Cette offre exceptionnelle s'était accompagnée d'une progression de 7,9 % des mises par rapport à l'année précédente. Le lien entre jackpots records et croissance des mises apparaît dans son rapport annuel 2025. Réduire la somme maximale pourrait donc permettre une répartition plus large des gains, mais aussi diminuer l'attrait du jeu. Une baisse de la participation aurait également des conséquences sur les recettes de la Loterie Nationale et sur les montants consacrés aux projets d'utilité publique.
Toute la question consiste dès lors à savoir ce que recherchent les participants. Préfèrent-ils une chance extrêmement faible de gagner 100 ou 200 millions d'euros, ou une probabilité un peu moins inaccessible de recevoir 50.000 ou 100.000 € ?
Pour Jonas Van der Slycken, le modèle actuel contribue aux inégalités de deux manières. Les ménages disposant de revenus modestes consacreraient proportionnellement une part plus importante de leurs moyens aux loteries, alors que leurs chances de décrocher le jackpot demeurent infimes.
À l'autre extrémité, la totalité de la cagnotte peut permettre à une seule personne d'intégrer instantanément la catégorie des plus grandes fortunes du pays. La loterie ferait ainsi contribuer une multitude de joueurs à la création de quelques multimillionnaires.
Cette analyse peut néanmoins être discutée. Une loterie n'a pas pour objectif premier de répartir équitablement un patrimoine : elle vend une possibilité de gain déterminée par le hasard. Fragmenter le jackpot pourrait rendre la distribution moins concentrée, mais ne supprimerait ni la mise perdue par la grande majorité des participants ni le caractère aléatoire du jeu.
Malgré certains titres évoquant une possible disparition d'EuroMillions sous sa forme actuelle, aucun changement officiel n'a été annoncé. Le plafonnement à 10 millions d'euros est une proposition formulée dans le débat public, et non un projet adopté par la Loterie Nationale ou par les autres opérateurs européens.
EuroMillions continuera donc, pour le moment, à fonctionner avec son système d'accumulation et ses jackpots pouvant atteindre 250 millions d'euros.
La série belge de l'été 2026 illustre toutefois parfaitement le débat. En moins de deux mois, trois tickets ont concentré plus de 366 millions d'euros. Pour les défenseurs du système actuel, ces montants exceptionnels constituent précisément la force et le rêve vendus par EuroMillions. Pour ses détracteurs, ils montrent au contraire qu'une autre répartition pourrait changer la vie de plusieurs milliers de personnes plutôt que celle de quelques gagnants.