mercredi 9 Septembre 2026
La suspension de l'attribution du casino de Bruxelles à Napoleon Games continue de provoquer des remous à l'Hôtel de Ville. Philippe Close rejette toujours les accusations de conflit d'intérêts liées à son mandat au Sporting d'Anderlecht, mais envisage désormais de ne pas participer aux prochaines décisions concernant la concession. Pendant ce temps, la Ville doit rapidement décider comment relancer ou poursuivre une procédure devenue particulièrement sensible.
Une semaine après la suspension par le Conseil d'État de l'attribution de la concession du casino de Bruxelles à E.C.K., la société qui exploite la marque Napoleon Games, le dossier s'est de nouveau invité au conseil communal.
Le bourgmestre de Bruxelles, Philippe Close, a été longuement interrogé sur son rôle dans la procédure et plus particulièrement sur sa présence au conseil d'administration du Sporting d'Anderlecht. Napoleon Games étant un partenaire commercial important du RSCA, plusieurs élus de l'opposition estiment que cette double fonction aurait dû conduire le bourgmestre à se retirer du processus décisionnel. Philippe Close conteste cette interprétation. Il envisage néanmoins désormais de se concerter avec les avocats de la Ville afin de déterminer s'il doit participer aux prochaines décisions concernant le casino.
Ce possible retrait constitue un changement important dans la gestion politique du dossier, sans pour autant signifier que le bourgmestre reconnaît l'existence d'un conflit d'intérêts.
Sur ce point, sa position reste inchangée. Philippe Close rappelle que son mandat d'administrateur du RSCA est exercé à titre gratuit. Il affirme ne détenir aucune participation dans Napoleon Games, ne pas exercer de fonction de gestion ou de contrôle dans l'entreprise et ne retirer aucun avantage économique ou patrimonial de l'attribution de la concession. Selon lui, aucune obligation légale de récusation ne s'imposait donc lorsqu'il a participé aux travaux du collège ayant abouti, le 17 juillet 2026, au choix d'E.C.K. pour exploiter le casino pendant quinze ans.
Le bourgmestre envisage néanmoins de se mettre en retrait pour les prochaines étapes, notamment afin de préserver la confiance dans la procédure et de limiter le risque que sa présence soit utilisée comme argument dans un nouveau recours. Il insiste donc sur une nuance importante : un éventuel « pas de côté » serait présenté comme une mesure de précaution pour la suite de la procédure, et non comme la reconnaissance d'une faute passée.
Il faut également distinguer cette polémique politique et déontologique des motifs retenus par le Conseil d'État. Dans son arrêt n° 267.514 du 31 août 2026, la juridiction administrative a suspendu la décision de la Ville attribuant la concession à E.C.K. Elle n'a toutefois pas fondé cette suspension sur l'éventuel conflit d'intérêts de Philippe Close.
Le Conseil d'État a notamment estimé que la motivation de l'évaluation ne permettait pas de vérifier suffisamment que tous les éléments prévus dans le cahier des charges avaient correctement été pris en considération. Il a également relevé que certains éléments utilisés pour évaluer les offres semblaient ne pas être directement liés à l'objet de la concession. L'appréciation de certains partenariats présentés dans l'offre retenue a également été mise en cause.
Enfin, le Conseil d'État a constaté un problème concernant l'application du règlement européen sur les subventions étrangères susceptibles de fausser le marché intérieur.
La question de Philippe Close constitue donc un volet supplémentaire du dossier, politiquement sensible, mais distinct des motifs ayant conduit à la suspension.
L'un des éléments ayant particulièrement retenu l'attention concerne la perspective d'installer à Bruxelles certains serveurs liés aux activités de jeux en ligne. Cet élément aurait été valorisé lors de l'analyse de l'offre d'E.C.K., alors que le cahier des charges concernait l'exploitation du casino physique de Bruxelles. La question est d'autant plus sensible que la localisation des infrastructures liées aux jeux en ligne peut avoir des conséquences fiscales dans le contexte de la concurrence entre Régions.
Lors du conseil communal, Philippe Close a affirmé que ni le collège ni ses membres n'avaient eu de contacts formels ou informels avec le gouvernement bruxellois à propos d'un transfert de serveurs avant l'attribution de la concession. Il a également rappelé que l'étude des candidatures avait impliqué l'administration de la Ville, son service juridique, des avocats ainsi que des experts de finance&invest.brussels.
La grande inconnue concerne désormais la manière dont la Ville de Bruxelles va sortir de cette situation. Plusieurs scénarios sont étudiés. La Ville pourrait tenter de prendre une nouvelle décision d'attribution après avoir revu et renforcé son analyse des offres. Une autre possibilité serait de relancer entièrement la procédure de concession.
Une solution transitoire permettant de prolonger l'exploitation actuelle est également évoquée.Aucune décision définitive n'a encore été prise. Une simple correction de la motivation pourrait toutefois s'avérer délicate compte tenu de la nature des différentes critiques formulées par le Conseil d'État, qui ne concernent pas uniquement la présentation formelle de la décision.
La Ville devra surtout éviter qu'une nouvelle décision ne débouche immédiatement sur une nouvelle procédure devant le Conseil d'État.
Le temps joue désormais contre la Ville. La concession actuelle exploitée sous la marque Grand Casino Brussels Viage doit prendre fin le 31 décembre 2026. Le nouveau concessionnaire devait normalement prendre le relais dès le 1er janvier 2027. Or, à moins de quatre mois de cette échéance, l'attribution à Napoleon Games est suspendue et aucune solution définitive de remplacement n'est encore arrêtée.
Contrairement à une idée qui pourrait découler de la suspension, le Conseil d'État n'a pas attribué la concession à Viage. Il a uniquement suspendu la décision désignant E.C.K. comme futur exploitant. Cette distinction est essentielle : Viage reste actuellement l'exploitant du casino, mais ne dispose pas automatiquement d'un droit à poursuivre son activité au-delà du 31 décembre.
Le dossier représente également un enjeu financier majeur pour Bruxelles. La valeur globale de la concession sur quinze ans est estimée à environ 750.000.000 €. Le futur exploitant devrait par ailleurs verser à la Ville une redevance annuelle avoisinant 10.000.000 €, contre environ 4.700.000 € actuellement.
Une interruption de l'exploitation à partir du 1er janvier 2027 priverait donc potentiellement la Ville d'une recette importante. À cela s'ajoutent les conséquences pour l'emploi au sein du casino et pour l'activité du centre-ville. Le Grand Casino Brussels Viage occupe plusieurs milliers de mètres carrés en plein cœur de Bruxelles, le long du piétonnier.
Éviter une fermeture, même temporaire, devient dès lors l'un des principaux objectifs des autorités communales.
Le dossier du casino de Bruxelles est ainsi entré dans une nouvelle phase. Après le choix de Napoleon Games en juillet, les critiques de l'auditeur du Conseil d'État, la suspension du 31 août et les interrogations relatives au rôle de Philippe Close, la prochaine décision de la Ville sera examinée avec une attention particulière par tous les candidats concernés. Le possible retrait du bourgmestre pourrait permettre à la Ville d'écarter une partie de la controverse politique entourant la procédure. Il ne résout cependant pas les difficultés juridiques relevées par le Conseil d'État. Bruxelles doit désormais trouver une solution suffisamment rapide pour assurer la continuité du casino au 1er janvier 2027, mais également suffisamment solide pour résister à de nouveaux recours.
À ce stade, Napoleon Games reste le candidat qui avait été choisi par la Ville, mais cette attribution est suspendue. Viage continue de son côté à exploiter le casino jusqu'à l'échéance de sa concession actuelle. La bataille pour le futur du casino de Bruxelles est donc loin d'être terminée.