lundi 24 Août 2026
Nouveau rebondissement dans le dossier du casino de Bruxelles. Saisi par Viage, l'exploitant actuel arrivé deuxième lors de l'appel à concession, l'auditeur du Conseil d'État recommande la suspension de la décision attribuant l'exploitation du casino à Napoleon Games pour quinze ans. Plusieurs éléments ayant servi à départager les deux candidats sont remis en cause, alors que leur écart final n'était que de quelques points.
La reprise du casino de Bruxelles par Napoleon Games à partir du 1er janvier 2027 est désormais entourée d'une importante incertitude juridique. La Ville de Bruxelles avait organisé une nouvelle procédure pour désigner l'exploitant du casino pour une période de quinze ans. Six candidats avaient participé à cette procédure et c'est finalement ECK NV, la société derrière Napoleon Games, qui avait obtenu la première place.
L'actuel exploitant, Viage, n'était toutefois pas loin derrière. Napoleon Games avait obtenu une note finale de 91,02 sur 100, contre 87,74 sur 100 pour Viage. Un écart de seulement 3,28 points sur un dossier particulièrement important puisque la Ville estime la valeur de la concession à 750.000.000 € hors TVA sur quinze ans.
Viage a dès lors décidé de contester la décision devant le Conseil d'État et d'en demander la suspension.
La contestation ne semble pas se limiter à une simple déception du candidat arrivé deuxième. Dans son analyse du dossier, l'auditeur du Conseil d'État aurait suivi trois des quatre moyens avancés par Viage pour contester la décision de la Ville de Bruxelles.
L'un des principaux reproches porte sur la motivation de la notation ayant permis de départager les candidats.
Viage estime que certains points attribués dans le cadre de l'appel à concession n'ont pas été suffisamment justifiés. Plus problématique encore pour la Ville, certains éléments pris en considération dans l'évaluation seraient contestés sur le plan factuel.
Le volet consacré à la « Vision » proposée par les candidats apparaît notamment au cœur du débat. Lors de l'évaluation, il aurait été reproché au projet de Viage de ne prévoir une ouverture du casino que durant neuf mois. Or cette affirmation ne correspondrait pas au contenu réel de la proposition du candidat.
Cet élément aurait pourtant participé à la notation et donc, potentiellement, à l'avantage obtenu par Napoleon Games. Le sujet est particulièrement sensible compte tenu du faible écart séparant les deux offres.
La question posée au Conseil d'État n'est donc plus uniquement de savoir si la Ville a suffisamment expliqué pourquoi elle préférait le projet de Napoleon Games. Elle porte également sur la fiabilité de certains éléments ayant directement servi à établir le classement.
Au terme de son examen, l'auditeur du Conseil d'État recommande de suspendre la décision de la Ville de Bruxelles attribuant la concession à Napoleon Games.
Il s'agit d'une étape importante, mais elle ne signifie pas encore que l'attribution est effectivement suspendue. L'auditeur remet un avis juridique aux magistrats chargés de trancher le dossier. Cet avis n'est pas contraignant : la décision finale appartient au Conseil d'État.
En attendant cet arrêt, Napoleon Games reste donc officiellement le candidat choisi par la Ville pour reprendre l'exploitation du casino à partir du 1er janvier 2027. La situation pourrait toutefois rapidement changer si le Conseil d'État suit les conclusions de son auditeur.
Les enjeux financiers expliquent également l'importance prise par cette procédure. Lors du lancement de l'appel à concession, la Ville de Bruxelles a évalué sa valeur à 750.000.000 € hors TVA pour une durée de quinze ans.
Un montant très supérieur au seuil imposant une publicité européenne. La procédure devait donc respecter les règles belges relatives aux contrats de concession mais également les obligations applicables à ce type de marché au niveau européen.
L'appel devait notamment être publié au Bulletin des Adjudications ainsi qu'au Journal officiel de l'Union européenne. Le futur exploitant doit prendre les commandes du casino le 1er janvier 2027.
Viage exploite le Grand Casino Brussels depuis 2010 dans le complexe des Galeries Anspach, sur le boulevard Anspach. L'établissement occupe une position particulière dans le paysage belge des jeux de hasard. Bruxelles fait partie des communes autorisées à accueillir un casino de classe I et son établissement constitue l'un des neuf casinos terrestres prévus par la législation belge.
Viage espérait conserver l'exploitation à l'issue de la nouvelle procédure de concession, mais son offre a été classée deuxième. La société a donc choisi la voie judiciaire pour tenter de conserver ses chances avant l'entrée en vigueur de la nouvelle concession.
Le choix de la Ville constituait une opération majeure pour Napoleon Games. ECK NV exploite déjà le casino de Knokke-Heist et appartient au groupe Napoleon Games, lui-même intégré au groupe Superbet depuis 2021.
L'arrivée à Bruxelles devait considérablement renforcer sa présence dans le secteur belge des casinos terrestres. Le projet allait également bien au-delà de la seule exploitation des salles de jeux bruxelloises. Le groupe prévoyait notamment de déplacer son siège et certaines de ses infrastructures vers Bruxelles, avec des conséquences économiques et fiscales pour la Région.
Ces projets sont désormais suspendus à l'évolution du contentieux.
Une suspension par le Conseil d'État constituerait un revers majeur pour la Ville de Bruxelles et remettrait directement en cause le calendrier prévu pour la reprise du casino. Elle n'aurait toutefois pas nécessairement pour conséquence d'attribuer automatiquement la concession à Viage.
Selon la portée exacte de l'arrêt, la Ville pourrait notamment devoir réexaminer certains éléments du dossier, mieux motiver sa décision ou reprendre une partie de la procédure d'évaluation.
Le classement pourrait donc être confirmé après correction, être modifié ou donner lieu à de nouvelles étapes administratives. Tout dépendra des irrégularités finalement retenues par le Conseil d'État et des conséquences juridiques qu'il leur attachera.
À quelques mois de la date prévue pour le changement d'exploitant, le dossier du casino de Bruxelles entre ainsi dans une phase décisive.
Napoleon Games dispose toujours, à ce stade, de la concession accordée par la Ville. Mais l'avis de l'auditeur constitue un sérieux avertissement : plusieurs arguments avancés par Viage sont considérés comme suffisamment fondés pour justifier une recommandation de suspension.
La prochaine décision du Conseil d'État déterminera si le processus peut se poursuivre normalement ou si la Ville de Bruxelles devra revoir, au moins en partie, son attribution.
Pour Viage comme pour Napoleon Games, l'enjeu est considérable : quinze années d'exploitation du plus important casino de la capitale et une concession évaluée à 750.000.000 € sont désormais suspendues à l'issue de ce recours.