mardi 15 Septembre 2026
La crise autour de la concession du Casino de Bruxelles s'accélère. Alors que 286 travailleurs ont manifesté devant Brucity pour réclamer des garanties sur leur avenir, VIAGE a officiellement exclu de poursuivre l'exploitation après le 31 décembre 2026 sur la base de la concession actuelle. L'opérateur réclame une réévaluation des offres et prévient qu'une absence de décision rapide pourrait conduire à un licenciement collectif, avec un coût estimé à 15 millions d'euros.
Le dossier du Casino de Bruxelles prend désormais une dimension sociale de plus en plus préoccupante. Ce mardi 15 septembre, une partie du personnel du Grand Casino Brussels VIAGE s'est rassemblée devant Brucity, le centre administratif de la Ville de Bruxelles, afin de réclamer une décision rapide sur l'avenir de l'établissement.
Environ 286 emplois sont directement concernés. Les syndicats redoutent qu'une absence de solution avant la fin de l'année provoque une interruption de l'exploitation du casino et compromette la reprise du personnel par le futur concessionnaire. Une délégation syndicale a rencontré le bourgmestre Philippe Close et Nawal Ben Hamou, échevine notamment chargée de la Régie foncière. Une nouvelle échéance est désormais fixée : le 6 octobre, date à laquelle les représentants des travailleurs attendent davantage de clarté de la part de la Ville.
Cette mobilisation intervient alors que le calendrier devient particulièrement serré. La concession actuelle arrive à son terme le 31 décembre 2026 et l'attribution de la suivante à ECK, la société derrière Napoleon Games, a été suspendue par le Conseil d'État.
Une hypothèse semblait jusqu'ici pouvoir offrir quelques mois supplémentaires à la Ville : prolonger temporairement l'exploitation actuelle de VIAGE. Cette piste apparaît désormais beaucoup plus compliquée. Dans un courrier adressé à la Ville de Bruxelles et au gouvernement bruxellois, VIAGE a officiellement indiqué qu'il ne souhaitait pas poursuivre l'exploitation du casino au-delà du 31 décembre sur la base de la concession actuelle.
Pour l'opérateur, repousser simplement l'échéance ne réglerait pas le problème soulevé par le Conseil d'État. VIAGE estime que l'arrêt concerne avant tout la manière dont les différentes candidatures ont été évaluées, et non le manque de temps disponible pour organiser la transition.
L'exploitant considère également qu'une prolongation serait juridiquement fragile, coûteuse et susceptible de provoquer de nouveaux recours de la part des autres candidats. Elle ne donnerait par ailleurs, selon lui, aucune véritable visibilité aux 286 salariés. La Ville aurait déjà demandé à deux reprises à VIAGE d'envisager une prolongation. L'exploitant a refusé cette option.
Pour VIAGE, la solution doit plutôt passer par une reprise de la procédure là où les problèmes relevés par le Conseil d'État sont apparus. L'opérateur demande donc à la Ville de Bruxelles de retirer sa décision du 17 juillet attribuant la concession à ECK et de procéder à une nouvelle évaluation objective, transparente et non discriminatoire de l'ensemble des offres. Une nouvelle décision devrait ensuite être correctement motivée au regard des critères prévus dans le cahier des charges.
Cette option est également défendue par plusieurs représentants syndicaux. Elle présenterait surtout un avantage majeur : éviter de recommencer entièrement une procédure de concession particulièrement longue. Pour VIAGE, lancer un nouvel appel à candidatures ne permettrait en effet pas de disposer d'un nouvel exploitant au 1er janvier 2027. Une nouvelle procédure pourrait prendre de nombreux mois, voire plus d'un an.
Le problème trouve son origine dans la décision prise le 17 juillet 2026 par le collège de la Ville de Bruxelles. La concession du casino pour les quinze prochaines années avait alors été attribuée à ECK NV, société derrière Napoleon Games. VIAGE, qui exploite le Casino de Bruxelles depuis 2010, était arrivé derrière ECK lors de l'évaluation et avait contesté la décision devant le Conseil d'État.
Le 31 août, la juridiction administrative a suspendu l'attribution. Le Conseil d'État a notamment critiqué la manière dont certains éléments avaient été pris en compte lors de l'évaluation des candidats, alors qu'ils n'apparaissaient pas clairement parmi les critères annoncés dans le cahier des charges.
Cette décision n'attribue pas pour autant la concession à VIAGE. La Ville doit désormais déterminer comment poursuivre légalement la procédure : maintenir son choix en le motivant différemment, réévaluer les différentes candidatures ou relancer entièrement l'appel à concession.
Le temps disponible devient cependant extrêmement limité. VIAGE estime qu'en cas d'absence de solution permettant une continuité de l'activité au 1er janvier, les conséquences financières pourraient atteindre environ 15 millions d'euros. Ce montant comprendrait notamment les conséquences d'une cessation d'activité, les coûts sociaux et différentes obligations contractuelles. L'établissement travaille par ailleurs avec plusieurs centaines de fournisseurs. Certains contrats doivent être renouvelés ou dénoncés rapidement en fonction de l'avenir du casino.
Chaque semaine d'incertitude supplémentaire complique donc la transition vers 2027. Le problème concerne également les locaux du casino. AG Real Estate, qui détient des droits immobiliers sur les quelque 14.000 m² occupés par l'établissement dans la galerie Anspach, a demandé à VIAGE de préparer leur restitution à l'échéance de la concession. Un changement d'exploitant ne se limite donc pas à remplacer le nom figurant sur la concession. Il faut notamment organiser les droits d'occupation des locaux, reprendre certains contrats, transférer éventuellement différents actifs et données, informer les salariés et obtenir les licences nécessaires à l'exploitation.
La principale inquiétude concerne toutefois les 286 collaborateurs du casino. VIAGE avertit qu'en l'absence de décision rapide, l'entreprise pourrait être obligée d'envisager une procédure de licenciement collectif. Le cahier des charges prévoit actuellement des dispositions concernant la reprise du personnel par le futur exploitant.
Mais cette protection pourrait devenir beaucoup plus difficile à appliquer en cas de véritable rupture entre la fin des activités de VIAGE et l'arrivée du prochain concessionnaire. Pour les syndicats, c'est précisément ce scénario qu'il faut absolument éviter. Une transition directe permettrait de préserver plus facilement les emplois et les conditions de travail. Une fermeture temporaire du casino pourrait au contraire provoquer une période de chômage et remettre en cause certaines garanties liées au transfert du personnel. Les syndicats demandent eux aussi une réévaluation des offres
SYNOVA et le SETCa accentuent donc la pression sur la Ville de Bruxelles. Les organisations syndicales demandent une solution qui permette avant tout de préserver les 286 emplois. La piste d'une réévaluation des candidatures existantes semble recueillir leur préférence, dans la mesure où elle pourrait être mise en œuvre plus rapidement qu'un nouvel appel à concession. Pour les représentants du personnel, maintenir simplement la désignation d'ECK sans nouvelle analyse, organiser une nouvelle procédure trop longue ou compter sur une prolongation de VIAGE désormais refusée ferait courir un risque important aux salariés.
Après la rencontre organisée à Brucity, la Ville a assuré que la préservation de l'emploi constituait une priorité.
Mais aucune solution définitive n'a encore été annoncée. Les syndicats attendent désormais des réponses plus précises pour le 6 octobre.
Une fermeture temporaire du Casino de Bruxelles aurait également des conséquences financières pour la Ville et la Région bruxelloise. La Ville risquerait notamment de perdre les redevances associées à l'exploitation de la concession ainsi que certains revenus liés à l'immobilier.
La Région bruxelloise serait de son côté privée des recettes fiscales générées par les activités de jeux du casino. VIAGE estime que l'addition pour les pouvoirs publics pourrait représenter plusieurs millions d'euros par mois en cas d'interruption. Cette estimation provient de l'exploitant et devra donc être considérée comme telle, mais elle montre l'importance économique du dossier au-delà de la seule question des emplois.
La Ville de Bruxelles dispose finalement de plusieurs options, mais chacune comporte désormais des difficultés. Elle peut tenter de motiver à nouveau une attribution à ECK, procéder à une nouvelle évaluation des candidatures ou recommencer entièrement la procédure. La piste d'une prolongation temporaire de VIAGE, un temps évoquée comme moyen de gagner quelques mois, paraît en revanche sérieusement compromise puisque l'exploitant actuel la refuse. À cela s'ajoute la question des licences nécessaires à l'exploitation d'un casino en Belgique. Le futur concessionnaire devra être en mesure de disposer des autorisations nécessaires de la Commission des Jeux de Hasard avant de pouvoir effectivement exploiter l'établissement.
Plus la décision intervient tard, plus une transition sans interruption au 1er janvier 2027 devient difficile à organiser.
Après plusieurs semaines dominées par les recours et les polémiques entourant l'attribution de la concession, le dossier entre donc dans une nouvelle phase. L'enjeu n'est désormais plus seulement de déterminer si Napoleon Games ou un autre candidat exploitera le Casino de Bruxelles pendant les quinze prochaines années. Il s'agit aussi d'éviter que le blocage administratif ne débouche, dès la fin de l'année, sur la fermeture du casino et le licenciement de 286 travailleurs.