Taxe impayée sur les bingos à Bruxelles : la cour d'appel relance la bataille judiciaire
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Guerre des bingos : des millions d'euros de taxe régionale au cœur d'un arrêt explosif à Bruxelles

mardi 17 Février 2026

Taxe impayée sur les bingos à Bruxelles : la cour d'appel relance la bataille judiciaire

Un arrêt interlocutoire de la cour d'appel de Bruxelles vient de rebattre les cartes dans le conflit opposant plusieurs opérateurs de bingos à un concurrent soupçonné d'éluder la taxe régionale sur les appareils automatiques. En toile de fond : une possible concurrence déloyale, un manque à gagner estimé à plusieurs millions d'euros pour la Région Bruxelles-Capitale et un système de contrôle jugé défaillant.

Un détective privé au cœur de l'enquête

L'affaire débute en mars 2023 dans les cafés bruxellois. Mandaté par l'ASBL Uba-Bngo et plusieurs acteurs du secteur, un détective privé inspecte les bingos installés dans des établissements horeca. Son objectif : identifier des appareils qui ne seraient pas en règle au regard de la taxe régionale sur les appareils automatiques de divertissement.

Ses constats sont troublants. En 2023, sur 22 machines en infraction, huit appartiennent à la même société. En 2024, sur 22 nouvelles infractions constatées, quatorze seraient liées à ce même opérateur. Les irrégularités portent essentiellement sur l'absence ou la péremption de la vignette fiscale, délivrée après paiement de la taxe annuelle.

Une taxe régionale à 6.103,1 € par appareil

En Région Bruxelles-Capitale, tout placeur de bingo doit :

  • Détenir une licence délivrée par la Commission des Jeux de Hasard (CJH) (licence de type E pour le placement et licence adéquate pour l'exploitation).
  • S'acquitter d'une taxe annuelle régionale.

Au 1er janvier 2025, cette taxe s'élevait à 6.103,1 € par appareil. À l'échelle régionale, la taxe sur les appareils automatiques de divertissement représente environ 10 millions d'euros de recettes annuelles.

Pour les opérateurs possédant un parc important, la facture grimpe rapidement. Certains acteurs du secteur évoquent des montants annuels pouvant atteindre 600.000 € en vignettes fiscales.

Dans ce contexte, ne pas payer la taxe confère un avantage concurrentiel évident : capacité à proposer de meilleures conditions commerciales aux cafetiers, marges plus élevées, implantation facilitée.

Une mécanique administrative jugée défaillante à Bruxelles

Le dossier met en lumière une particularité institutionnelle bruxelloise.

À Bruxelles :

  • La taxe est régionale.
  • Le paiement s'effectue via le SPF Finances (niveau fédéral).
  • Les montants sont ensuite reversés à la Région.

Contrairement à la Wallonie et à la Flandre, où la Région gère l'ensemble du processus, Bruxelles fonctionne avec un système fragmenté. Dès 2020, des échanges entre administrations avaient signalé des difficultés de contrôle et une baisse des recettes.

Selon les éléments évoqués dans la procédure, le préjudice pour la Région pourrait se chiffrer à plusieurs millions d'euros par an.

Un premier revers… puis un arrêt interlocutoire décisif

En juin 2024, l'ASBL Uba-Bngo et plusieurs opérateurs introduisent une action devant le tribunal de l'entreprise francophone de Bruxelles. Ils réclament notamment :

  • La production de documents comptables internes.
  • La communication du nombre d'appareils placés.
  • La cessation d'exploitation des machines litigieuses.
  • Des astreintes en cas de non-collaboration.

En première instance, la demande est rejetée.

Mais le 5 février 2026, la cour d'appel de Bruxelles renverse partiellement la décision.

Dans un arrêt interlocutoire, la cour ordonne :

  • À l'entreprise mise en cause de fournir un listing anonymisé des appareils placés en Région bruxelloise.
  • À l'État belge de communiquer un listing anonymisé des appareils déclarés ainsi qu'une attestation des montants payés pour les années 2023, 2024 et 2025.

Les juges estiment qu'il existe des indices sérieux et précis d'un non-paiement de l'impôt. L'argument du secret des affaires est écarté.

En revanche, la cour refuse :

  • D'imposer des astreintes.
  • D'ordonner la cessation immédiate d'exploitation.

La procédure reste donc pendante.

Concurrence déloyale : quels risques pour le secteur ?

Si le non-paiement devait être confirmé, les conséquences seraient multiples :

  1. Risque fiscal : régularisation rétroactive des taxes dues, intérêts et amendes.
  2. Risque civil : actions en réparation pour concurrence déloyale de la part d'opérateurs concurrents.
  3. Risque réputationnel : fragilisation de la crédibilité du secteur face aux autorités.

Dans un contexte où la Commission des Jeux de Hasard (CJH) renforce la surveillance du marché légal et où la lutte contre les opérateurs illégaux est une priorité politique, ce type d'affaire alimente les critiques sur les failles de contrôle internes au marché régulé.

Un signal fort envoyé aux opérateurs

Même s'il ne s'agit que d'un arrêt interlocutoire, la décision de la cour d'appel envoie un message clair :

  • Le secret des affaires ne peut pas servir de bouclier face à une suspicion sérieuse d'élusion fiscale.
  • Les opérateurs doivent être en mesure de démontrer immédiatement leur conformité.

Le SPF Finances indique par ailleurs travailler sur un protocole renforcé de communication avec l'administration bruxelloise afin d'améliorer le contrôle des appareils automatiques.

Une affaire emblématique des tensions du marché belge

Cette « guerre des bingos » illustre les tensions structurelles du marché belge des jeux de hasard :

  • Pression fiscale élevée sur les opérateurs légaux.
  • Complexité administrative, notamment à Bruxelles.
  • Concurrence accrue sur un marché horeca saturé.
  • Surveillance réglementaire renforcée par la Commission des Jeux de Hasard (CJH).

Dans un environnement où chaque machine représente plus de 6.000 € de taxe annuelle, la tentation d'optimisation - voire de contournement - peut devenir un enjeu stratégique majeur.

La suite de la procédure déterminera si l'affaire se limite à des retards administratifs ou si elle révèle un système organisé d'élusion fiscale. Dans tous les cas, le secteur des bingos bruxellois entre dans une nouvelle phase de contrôle et de transparence accrue.

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Notre note : 9.5/10
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