mardi 17 Février 2026
Quelques semaines après les débats très médiatisés autour d'une fraude interne au Casino de Chaudfontaine, le tribunal correctionnel de Liège a rendu son jugement. Trois anciens croupiers ont été condamnés à des peines de travail pour avoir détourné des plaques de 1.000 euros en exploitant une faille dans le système de tri des jetons.
Dans un précédent article, nous revenions sur ce dossier atypique où une table de jeu et un chef croupier avaient été amenés à l'audience afin d'expliquer le mécanisme technique de la fraude. Le jugement est désormais tombé, apportant des précisions importantes tant sur le montant retenu que sur la qualification pénale.
Les faits remontent à l'été 2024. Engagés en juillet 2023 après une séance d'information et formés durant deux mois au métier de croupier, Loïc (25 ans), Bruno (33 ans) et Mehdi (26 ans) travaillaient notamment à la roulette américaine.
Entre le 17 et le 23 août 2024, plusieurs plaques de 1.000 euros ont été volontairement introduites dans une trieuse automatique destinée uniquement aux jetons. Coincées au fond de l'appareil, elles pouvaient ensuite être récupérées discrètement à l'aide d'une clé spécifique.
C'est la découverte fortuite de huit plaques dans la trieuse par un technicien, dans la nuit du 5 septembre 2024, qui a déclenché l'alerte. L'analyse des images de vidéosurveillance a permis de retracer précisément les manipulations : trois plaques un jour, une autre le lendemain, puis deux supplémentaires à différentes dates.
Un client régulier du casino s'était chargé d'échanger ces plaques contre du cash, pensant – selon ses déclarations – qu'il s'agissait de pourboires. Il percevait au passage une commission comprise entre 50 et 150 euros par plaque. Il n'a pas été poursuivi.
À l'audience, le casino réclamait 40.000 euros, estimant que les détournements avaient également eu un impact indirect sur son chiffre d'affaires du mois d'août. La défense contestait fermement cette évaluation.
Les trois prévenus ont livré des versions divergentes sur l'ampleur des faits :
Sur base des aveux croisés et de l'exploitation des images, le président du tribunal a fixé le montant détourné à 15.000 euros. Un chiffre intermédiaire, nettement inférieur à celui avancé par la partie civile, mais supérieur aux montants minimisés par les prévenus.
Le tribunal a retenu le vol domestique, considérant que les trois hommes avaient profité de leur position et de leur accès au matériel. En revanche, l'infraction d'association de malfaiteurs n'a pas été retenue. Selon le président, la méthode employée n'était « pas encore véritablement structurée » et les faits ne se sont pas inscrits dans une durée suffisante pour caractériser une organisation criminelle au sens strict.
Il a néanmoins souligné que les auteurs ne se sont arrêtés que parce qu'un contrôle interne est intervenu, et non par initiative personnelle.
Loïc est condamné à 60 heures de peine de travail. Bruno et Mehdi écopent chacun de 80 heures. En cas de non-exécution, ces peines seront converties en huit mois d'emprisonnement. Cette décision illustre la volonté du tribunal de sanctionner fermement une atteinte à la confiance dans un secteur où la gestion des flux financiers repose sur des procédures strictes et des contrôles permanents.
Pour les établissements de jeux belges, cette affaire rappelle également l'importance des dispositifs internes de surveillance et de conformité, éléments essentiels dans un environnement encadré par la Commission des Jeux de Hasard (CJH).