EPIS en Belgique : plus de 715.000 accès aux jeux de hasard bloqués en 2025
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Jeux de hasard : les exclusions volontaires explosent en Belgique, mais EPIS montre aussi ses limites

lundi 19 Octobre 2026

EPIS en Belgique : plus de 715.000 accès aux jeux de hasard bloqués en 2025

Le système belge d'exclusion des jeux de hasard EPIS a bloqué 715.373 tentatives d'accès en 2025. Dans une publication du 19 octobre, l'association BAGO souligne l'efficacité des dispositifs de protection et la progression des exclusions volontaires. Les chiffres du rapport annuel de la Commission des jeux de hasard confirment cette évolution, mais révèlent également certaines limites dans l'application des mesures de protection.

EPIS : les exclusions volontaires progressent fortement en Belgique

La protection des joueurs constitue l'un des principaux enjeux de la réglementation belge des jeux de hasard. Dans une publication datée du 19 octobre 2026, la Belgian Association of Gaming Operators (BAGO), qui représente plusieurs opérateurs agréés en Belgique, revient sur les résultats du rapport annuel 2025 de la Commission des jeux de hasard (CJH). L'association met notamment en avant trois évolutions : l'augmentation des demandes d'exclusion volontaire, le recours croissant aux personnes de confiance et le nombre important de tentatives d'accès bloquées grâce au système EPIS.

Ces chiffres témoignent d'une utilisation accrue des mécanismes de protection. Ils nécessitent cependant quelques précisions pour comprendre leur portée réelle.

Près de 67.000 personnes volontairement exclues fin 2025

Le système EPIS (Excluded Persons Information System) permet notamment aux joueurs de demander leur exclusion des casinos, des salles de jeux automatiques et des paris proposés par les opérateurs agréés en Belgique, aussi bien dans les établissements physiques que sur Internet. Selon les chiffres officiels, 66.998 personnes étaient volontairement exclues des jeux de hasard au 31 décembre 2025, contre 56.458 un an auparavant.

Cela représente une augmentation de 10.540 personnes, soit 18,7 % en un an. Cette progression n'est pas nouvelle. Le nombre de personnes volontairement inscrites dans EPIS augmente régulièrement depuis plusieurs années.

Année Exclusions volontaires
2018 32.468
2019 35.390
2020 37.741
2021 39.279
2022 43.762
2023 49.708
2024 56.458
2025 66.998

En sept ans, le nombre de personnes volontairement exclues a donc plus que doublé. Il faut toutefois distinguer le nombre total de personnes exclues à une date donnée des nouvelles demandes introduites pendant l'année. En 2025, la CJH a traité 16.358 demandes d'exclusion volontaire, contre 12.509 en 2024, soit une progression de 30,8 %.

Le rapport précise qu'une même personne peut introduire plusieurs demandes au cours d'une année. Le nombre de dossiers traités ne correspond donc pas nécessairement au nombre de joueurs ayant demandé une exclusion.

itsme reste largement utilisé pour demander une exclusion

La possibilité de demander son exclusion directement en ligne a considérablement simplifié les démarches. Depuis fin 2021, les joueurs peuvent notamment utiliser l'application itsme pour introduire une demande sans devoir passer par une procédure papier. En 2025, 12.429 demandes d'exclusion volontaire ont été introduites via itsme, contre 9.937 en 2024. Cette méthode représente ainsi 75,98 % des demandes traitées au cours de l'année. Un détail mérite néanmoins d'être souligné : malgré l'augmentation du nombre de demandes réalisées via itsme, leur proportion diminue légèrement puisqu'elle atteignait 79,44 % en 2024.

Cela ne remet pas en cause l'importance de cet outil, mais montre que les autres possibilités de demande d'exclusion continuent également d'être utilisées.

Les personnes de confiance occupent une place croissante

Autre évolution significative : le recours à une personne de confiance. Depuis juillet 2023, un joueur qui souhaite s'exclure volontairement peut désigner un proche pour l'accompagner dans sa démarche. Il peut s'agir de son conjoint, d'un membre de sa famille, d'un ami ou encore d'un collègue.

La personne désignée est informée de la demande d'exclusion, mais également de son éventuelle levée. Cette possibilité connaît une forte progression. En 2025, 6.394 demandes d'exclusion volontaire comprenaient la désignation d'une personne de confiance, contre seulement 2.093 en 2024. La proportion des dossiers concernés est ainsi passée d'environ 17 % à 39,09 % en une année.

Pour BAGO, cette évolution confirme l'intérêt d'associer davantage l'entourage à la protection des joueurs. L'implication d'un proche peut effectivement constituer un soutien supplémentaire, notamment lorsqu'une personne rencontre des difficultés à maîtriser son comportement de jeu. Il convient toutefois de rappeler que la désignation d'une personne de confiance ne constitue pas une garantie contre une éventuelle rechute.

Plus de 715.000 tentatives d'accès bloquées par EPIS en 2025

Le chiffre le plus spectaculaire du rapport concerne les accès refusés grâce au système EPIS. En 2025, 715.373 tentatives d'accès ont été bloquées après consultation de la base de données des personnes interdites de jeux.

La répartition est la suivante :

Type d'établissement Accès bloqués
Sites de jeux et paris en ligne 690.074
Salles de jeux automatiques 15.338
Agences de paris terrestres 7.296
Casinos terrestres 2.665
Total 715.373

Les plateformes en ligne représentent donc environ 96,5 % des accès refusés. BAGO considère ces résultats comme une démonstration de l'efficacité concrète des outils de protection mis en place par les opérateurs agréés. Il s'agit effectivement d'un indicateur important : lorsqu'une personne figure dans la base EPIS, les contrôles peuvent empêcher sa participation aux jeux de hasard autorisés. Attention toutefois à l'interprétation de ces chiffres : les 715.373 accès bloqués ne correspondent pas à 715.373 personnes différentes.

Un même joueur peut tenter à plusieurs reprises de se connecter à un site ou d'accéder à un établissement. BAGO précise d'ailleurs explicitement cette distinction dans sa publication. Le nombre de blocages démontre donc l'utilisation effective du dispositif, mais ne permet pas à lui seul de déterminer combien de personnes distinctes ont été protégées.

EPIS ne concerne pas uniquement les joueurs dépendants

Le système EPIS est souvent présenté comme un outil destiné à lutter contre l'addiction aux jeux de hasard.

Son champ d'application est pourtant beaucoup plus large.

Selon la Commission des jeux de hasard, plusieurs catégories de personnes peuvent figurer dans cette base de données :

  • Les joueurs qui demandent volontairement leur exclusion.
  • Les personnes exclues à la demande d'un tiers intéressé, notamment un proche.
  • Les personnes concernées par certaines procédures judiciaires ou mesures de protection.
  • Les personnes en règlement collectif de dettes.
  • Certaines catégories professionnelles, notamment les magistrats, notaires, huissiers de justice et membres des services de police.
  • Les personnes protégées dont l'administrateur sollicite une interdiction de jeu.

Au 31 décembre 2025, la CJH recensait notamment 60.206 personnes exclues en raison d'un règlement collectif de dettes et 58.871 en raison de leur profession. Ces catégories peuvent se chevaucher : une même personne peut faire l'objet de plusieurs motifs d'exclusion. Dans son rapport annuel, la CJH souligne que les exclusions volontaires et celles demandées par l'entourage direct sont les catégories les plus révélatrices d'un possible problème d'addiction.

Par conséquent, il serait incorrect d'assimiler l'ensemble des personnes reprises dans EPIS à des joueurs souffrant de dépendance.

Des contrôles qui révèlent aussi des manquements

Si BAGO insiste sur le bon fonctionnement des dispositifs de protection, le rapport annuel de la CJH contient également des informations qui méritent une attention particulière. Depuis le 1er mai 2025, de nouvelles dispositions ont renforcé les obligations d'identification et de vérification EPIS. La Commission a notamment effectué des contrôles portant sur la réalisation effective des vérifications et sur la qualité des données enregistrées par les exploitants.

Les résultats des 98 contrôles réalisés sont les suivants :

Résultats des contrôles EPIS Nombre
Situations conformes 21
Régularisations après avertissement 60
Renvois vers la cellule sanctions 17
Total 98

Dans quatre dossiers, des procès-verbaux pénaux ont également été dressés pour des manquements particulièrement graves ayant permis l'accès de personnes légalement interdites de jeux. Ces résultats montrent que les obligations de contrôle EPIS ne sont pas toujours correctement appliquées dès le départ. Il faut cependant préciser que ces vérifications ont été réalisées dans le cadre des activités de contrôle de la CJH. Elles ne constituent pas un échantillon statistiquement représentatif de l'ensemble des opérateurs agréés.

Elles ne permettent donc pas d'affirmer que la majorité des établissements belges ne respectent pas leurs obligations. En revanche, elles rappellent que l'efficacité d'EPIS dépend aussi du respect des procédures par les exploitants et de la capacité de la CJH à contrôler leur application.

Davantage d'exclusions signifie-t-il davantage de problèmes de jeu ?

La forte progression des exclusions volontaires pourrait laisser penser que la dépendance aux jeux de hasard augmente en Belgique. Une telle conclusion serait pourtant prématurée. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette évolution, notamment une meilleure connaissance du système EPIS, la simplification des démarches grâce à itsme ou encore une sensibilisation accrue aux risques associés aux jeux de hasard.

L'augmentation des demandes peut également refléter une volonté plus importante des joueurs concernés de prendre des mesures pour limiter leur pratique. Inversement, les chiffres ne permettent pas non plus de conclure que les comportements problématiques diminuent. Les statistiques EPIS mesurent essentiellement le recours aux mécanismes d'exclusion et leur application. Elles ne constituent pas, à elles seules, une mesure de la prévalence de la dépendance aux jeux de hasard dans la population belge.

Le rapport indique également que 5.519 demandes de levée d'exclusion volontaire ont été traitées en 2025, contre 5.326 en 2024. Un joueur peut demander la levée de son exclusion volontaire, mais celle-ci ne devient effective qu'après un délai de trois mois suivant l'enregistrement de sa demande.

Le marché illégal reste le principal défi

Dans sa communication, BAGO insiste enfin sur la nécessité de maintenir les joueurs dans le circuit des opérateurs agréés. L'association rappelle que les mécanismes de protection tels qu'EPIS ne peuvent être efficacement appliqués que dans un environnement réglementé et contrôlé. Cette position rejoint les préoccupations exprimées par la Commission des jeux de hasard dans son rapport annuel 2025.

La CJH y souligne notamment les risques associés à l'augmentation de l'offre illégale sur Internet. Une enquête réalisée auprès de 1.000 jeunes de 18 à 30 ans révèle ainsi que 28 % des joueurs interrogés avaient eu recours à un site de jeux illégal. Ces plateformes ne sont pas soumises aux mêmes obligations de contrôle que les opérateurs titulaires d'une licence belge.

Un joueur volontairement inscrit dans EPIS peut donc se retrouver exposé à des offres de jeux qui ne respectent pas son interdiction d'accès. La lutte contre les opérateurs illégaux apparaît dès lors comme un élément essentiel de la protection des personnes vulnérables.

Un outil indispensable, dont l'efficacité doit continuer à être évaluée

Les résultats de 2025 confirment l'importance prise par EPIS dans le dispositif belge de protection des joueurs. Le nombre de personnes volontairement exclues augmente, l'utilisation des procédures numériques demeure élevée et les personnes de confiance sont de plus en plus fréquemment associées aux démarches. Les 715.373 accès bloqués témoignent également du rôle concret joué par le système au sein du marché réglementé.

Mais ces résultats doivent être appréciés avec nuance. L'augmentation des exclusions ne permet pas de déterminer si la dépendance aux jeux de hasard progresse. De même, les centaines de milliers d'accès bloqués ne renseignent pas directement sur le nombre de personnes effectivement protégées. Enfin, les manquements relevés par la CJH lors de ses contrôles montrent que la protection des joueurs ne repose pas uniquement sur l'existence d'un dispositif technique, mais aussi sur son application rigoureuse.

Le véritable enjeu ne consiste donc pas seulement à augmenter le nombre de personnes inscrites dans EPIS, mais à garantir que leur décision de ne plus jouer soit effectivement respectée, tout en empêchant les plateformes illégales de contourner les protections belges.

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