Taxation des jeux en ligne : Bruxelles attire les opérateurs et provoque la colère de la Flandre
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Taxe sur les jeux en ligne : Bruxelles défie la Flandre et la Wallonie

jeudi 15 Octobre 2026

Taxation des jeux en ligne : Bruxelles attire les opérateurs et provoque la colère de la Flandre

La fiscalité des jeux de hasard en ligne provoque de nouvelles tensions entre les Régions belges. Alors que la Flandre et la Wallonie souhaitent augmenter le taux de taxation de 11 % à 15 %, Bruxelles refuse de suivre le mouvement et entend profiter de son régime fiscal plus avantageux pour attirer les serveurs des opérateurs. Une stratégie qui pourrait rapporter plusieurs dizaines de millions d'euros à la capitale, mais qui suscite la colère du gouvernement flamand.

Bruxelles refuse d'augmenter la taxe sur les jeux en ligne

La taxation des jeux de hasard devient un nouveau sujet de discorde entre les trois Régions belges. Au cœur du conflit : le taux appliqué au produit brut des jeux (PBJ), qui correspond à la différence entre les mises des joueurs et les gains qui leur sont redistribués. Actuellement, les activités de jeux de hasard en ligne sont soumises à une taxation régionale de 11 %, contre 15 % pour les activités terrestres concernées par ce régime.

La Flandre et la Wallonie souhaitent harmoniser ces taux en portant également la taxation des jeux en ligne à 15 %. Bruxelles défend toutefois une position différente. Le ministre bruxellois du Budget, Dirk De Smedt (Anders), a confirmé que son gouvernement entend maintenir le taux actuel. Il justifie cette décision par l'accord de gouvernement bruxellois, qui ne prévoit pas d'augmentation des impôts.

Cette différence de quatre points pourrait sembler limitée, mais elle représente un enjeu financier considérable pour les entreprises du secteur et pour les finances publiques régionales.

La localisation des serveurs devient un avantage fiscal

La particularité du système belge réside dans le critère utilisé pour déterminer la Région qui perçoit la taxe sur les jeux en ligne. Ce n'est pas le lieu de résidence du joueur qui est pris en compte, mais la localisation des serveurs utilisés pour exploiter les jeux. Un opérateur disposant de serveurs en Wallonie ou en Flandre peut donc envisager de les transférer vers Bruxelles afin de profiter d'une fiscalité plus favorable si les autres Régions augmentent leurs taux.

Ce mécanisme crée un risque de concurrence fiscale entre les Régions, alors que les plateformes concernées continuent de s'adresser aux joueurs de l'ensemble du territoire belge.

Star Casino aurait déjà transféré ses serveurs à Bruxelles

Selon les informations publiées par Le Soir, un premier opérateur aurait déjà franchi le pas. Il s'agirait de Star Casino, exploitant du casino de Chaudfontaine, dont les serveurs auraient été transférés vers la Région bruxelloise. Dirk De Smedt a confirmé devant les députés bruxellois qu'un opérateur wallon avait effectivement déplacé ses serveurs vers la capitale, sans toutefois révéler son identité.

Le quotidien Le Soir identifie Star Casino sur la base de plusieurs sources concordantes. L'entreprise n'a pas souhaité commenter cette information. De son côté, Napoleon Games aurait également évoqué son intention d'installer ses serveurs de jeux à Bruxelles. Selon les informations du journal, ce transfert ne serait cependant pas encore effectif.

Ces mouvements illustrent l'importance prise par la localisation des infrastructures informatiques dans la stratégie fiscale des opérateurs belges.

Bruxelles espère récupérer jusqu'à 20 millions d'euros supplémentaires par an

Le gouvernement bruxellois ne cache pas son intérêt pour cette situation. En maintenant une fiscalité plus attractive, la Région espère attirer davantage de serveurs et augmenter les recettes provenant des jeux de hasard en ligne.

Les projections budgétaires présentées par Dirk De Smedt prévoient :

Année Recettes fiscales supplémentaires attendues
2027 15 millions d'euros
2028 20 millions d'euros
2029 20 millions d'euros

Ces montants constituent des prévisions budgétaires et non des recettes déjà acquises. La stratégie bruxelloise consiste donc à augmenter les revenus fiscaux sans relever le taux d'imposition, en attirant une plus grande partie de l'activité taxable. Cette approche est vivement critiquée en Flandre, où les autorités souhaitent au contraire augmenter le taux appliqué aux jeux en ligne.

La concession du casino de Bruxelles également concernée

Cette question fiscale s'invite aussi dans le dossier particulièrement sensible de la concession du casino de Bruxelles. Selon Le Soir, plusieurs candidats à l'exploitation de l'établissement auraient mentionné, dans leur dossier, leur volonté de rapatrier leurs serveurs dans la capitale. Cette perspective a suscité des interrogations sur les relations entre les intérêts fiscaux de la Région et la procédure d'attribution de la concession, qui relève de la Ville de Bruxelles. Interrogé à ce sujet, Dirk De Smedt a fermement rejeté toute insinuation d'intervention dans le processus d'attribution.

Le ministre a également précisé que les prévisions budgétaires régionales ne comportaient aucune recette supplémentaire directement liée à l'attribution de la nouvelle concession. Il convient donc de distinguer la politique fiscale menée par la Région bruxelloise et la procédure communale relative à l'exploitation du casino.

La Flandre a perdu 6 millions d'euros de recettes fiscales en deux ans

Pendant que Bruxelles cherche à attirer les serveurs, la Flandre constate une diminution de ses recettes provenant des jeux de hasard. Selon les chiffres rapportés par De Standaard et repris par Le Soir, les revenus fiscaux flamands ont évolué comme suit :

Année Recettes fiscales flamandes
2023 75 millions d'euros
2025 69 millions d'euros
Évolution -6 millions d'euros

Cette baisse de 8 % en deux ans s'explique notamment par l'évolution des habitudes de jeu. Les joueurs se tournent davantage vers les plateformes en ligne, soumises à une taxation de 11 %, au détriment des établissements physiques concernés par le taux de 15 %. Cette transformation du marché réduit mécaniquement le rendement fiscal moyen lorsque les activités les moins taxées gagnent du terrain. La diminution des recettes flamandes ne peut donc pas être entièrement attribuée au déplacement des serveurs vers Bruxelles.

La situation pourrait néanmoins s'aggraver si les opérateurs décidaient de déplacer davantage leurs infrastructures informatiques pour profiter des différences régionales de taxation.

La Flandre dénonce un paradis fiscal pour les jeux d'argent

Le ministre flamand du Budget, Ben Weyts (N-VA), souhaite toujours parvenir à une harmonisation de la taxation des jeux en ligne à 15 %. Son cabinet espère que certains partis du gouvernement bruxellois reviendront sur la stratégie actuelle, qu'il considère comme une tentative de transformer Bruxelles en paradis fiscal pour les jeux d'argent en ligne. Les autorités flamandes avancent également un argument de santé publique.

Selon elles, les jeux en ligne présentent des risques particuliers en raison de leur accessibilité permanente et de l'absence de contrôle social direct. Une taxation plus élevée serait ainsi présentée comme un moyen d'encadrer davantage cette activité.

Dirk De Smedt rejette cette interprétation. Le ministre bruxellois estime qu'aucun lien direct n'a été démontré entre une augmentation du taux de taxation et une réduction de l'addiction aux jeux de hasard. Il souligne également une contradiction dans le raisonnement des autres Régions : si une hausse fiscale devait réellement réduire l'activité des joueurs, pourquoi les gouvernements flamand et wallon anticipent-ils une augmentation importante de leurs recettes ?

Pour Bruxelles, la fiscalité doit avant tout être considérée comme un instrument budgétaire, tandis que la prévention de l'addiction relève d'autres dispositifs réglementaires.

Taxer les jeux selon la résidence du joueur : une solution envisagée

Face au refus bruxellois, certains responsables politiques flamands envisagent une modification plus profonde du système. L'idée serait de ne plus déterminer la Région bénéficiaire de la taxe selon la localisation des serveurs, mais selon le lieu de résidence du joueur. Cette approche permettrait de rattacher les recettes fiscales au territoire dans lequel se trouve effectivement la clientèle. Un joueur domicilié en Flandre contribuerait ainsi aux recettes flamandes, même si l'opérateur utilise des serveurs installés à Bruxelles. Une telle réforme soulèverait toutefois plusieurs difficultés.

Il faudrait notamment définir les modalités permettant d'identifier correctement la résidence des joueurs, assurer une répartition fiable des recettes et respecter les règles relatives à la protection des données personnelles. L'utilisation de VPN et les différences entre domicile déclaré et localisation réelle pourraient également compliquer la mise en œuvre d'un tel dispositif. La proposition nécessiterait donc un cadre juridique et technique adapté.

Une nouvelle fracture dans la fiscalité belge des jeux de hasard

Le désaccord entre Bruxelles, la Flandre et la Wallonie révèle une difficulté plus large : la fiscalité régionale peine à s'adapter à un marché des jeux de hasard de plus en plus numérique. Alors que les opérateurs proposent leurs services à l'échelle nationale, une partie de leurs obligations fiscales dépend toujours de la localisation physique de leurs infrastructures. Bruxelles entend utiliser cette particularité pour renforcer ses recettes sans augmenter les impôts. La Flandre et la Wallonie souhaitent, au contraire, relever la taxation des activités en ligne afin d'accroître leurs revenus et de réduire l'écart avec les établissements terrestres.

À défaut d'accord entre les trois Régions, le taux de 11 % reste au centre du conflit. Pour les opérateurs, cette incertitude pourrait influencer les futurs choix d'implantation des serveurs. Pour les pouvoirs publics, elle pose la question de la répartition des recettes fiscales et de la cohérence de la réglementation belge des jeux de hasard. Le dossier pourrait ainsi déboucher sur une réforme plus profonde des critères de taxation des jeux en ligne, bien au-delà de la seule augmentation du taux de 11 % à 15 %.

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