vendredi 16 Octobre 2026
Entre 2023 et 2025, le taux moyen de redistribution des casinos belges est passé de 95,94 % à 96,53 %. Une évolution qui intervient dans un contexte de restrictions publicitaires et d'interdiction des bonus. La Loterie nationale et la présidente de la Commission des jeux de hasard évoquent une possible adaptation commerciale des opérateurs. Mais l'analyse des données officielles permet-elle réellement de confirmer cette hypothèse ?
Le marché belge des jeux de hasard connaît une situation particulière. En 2025, les montants misés auprès des opérateurs privés ont atteint des niveaux records, alors que leur produit brut des jeux (GGR) est resté pratiquement stable. Cette évolution s'accompagne d'une augmentation des taux moyens de redistribution, c'est-à-dire de la proportion des mises reversée aux joueurs sous forme de gains. Dans un article publié par L'Écho, la Loterie nationale et Magali Clavie, présidente de la Commission des jeux de hasard (CJH), évoquent une possible modification de la stratégie commerciale des opérateurs à la suite des restrictions publicitaires et de l'interdiction des bonus.
L'examen des chiffres du rapport annuel 2025 de la CJH confirme une progression des taux de redistribution. Il révèle toutefois une évolution plus nuancée que celle présentée dans le débat public.
L'Écho évoque une progression du taux moyen de redistribution du secteur des casinos, qui serait passé de 95,5 % à 96,1 % au cours des deux dernières années. Ces pourcentages correspondent toutefois, selon nos calculs, à un périmètre plus large que celui des seuls casinos. En additionnant les résultats des casinos (licences A/A+), des salles de jeux automatiques (B/B+) et des opérateurs de paris (F1/F1+), on retrouve effectivement un taux global d'environ 95,5 % en 2023 et de 96,1 % en 2025.
Les casinos présentent cependant des taux différents, comme le montrent les données financières détaillées du rapport CJH 2025.
| Secteur | 2023 | 2024 | 2025 |
|---|---|---|---|
| Casinos A/A+ | 95,94 % | 96,42 % | 96,53 % |
| Salles de jeux B/B+ | 96,82 % | 97,03 % | 97,22 % |
| Ensemble A+B+F | ≈ 95,5 % | ≈ 95,9 % | 96,08 % |
Les taux des casinos et des salles de jeux ont été recalculés à partir des mises et du GGR publiés par la CJH. Pour l'ensemble A+B+F, les valeurs de 2023 et 2024 sont approximatives, car elles reposent sur des montants de mises arrondis communiqués par la Loterie nationale.
Ces résultats confirment une augmentation générale de la redistribution, mais ils montrent également des différences significatives entre les secteurs. Le taux de 96,1 % ne constitue donc pas le taux moyen des seuls casinos belges en 2025. Il correspond à l'ensemble des activités des casinos, salles de jeux et paris, hors jeux de café.
Pour les casinos A/A+, les taux de redistribution ont évolué comme suit :
L'augmentation la plus importante apparaît donc entre 2023 et 2024, tandis que la progression ralentit nettement en 2025. Cette distinction est intéressante au regard des changements réglementaires intervenus en Belgique. Depuis le 1er septembre 2024, les opérateurs de jeux de hasard sont soumis à l'interdiction générale des bonus, crédits de jeu gratuits et avantages destinés à attirer ou fidéliser les joueurs, sous réserve des exceptions légales applicables.
Les restrictions publicitaires sont, quant à elles, progressivement entrées en vigueur depuis juillet 2023.
Or, les statistiques annuelles ne permettent pas d'isoler les éventuelles conséquences de ces mesures sur les taux de redistribution.
L'année 2024 comprend notamment huit mois précédant l'interdiction des bonus et quatre mois suivant son entrée en vigueur. Les données publiées ne permettent donc pas de déterminer à quel moment les éventuels changements de redistribution sont intervenus.
C'est l'hypothèse avancée par la Loterie nationale et reprise par Magali Clavie dans les colonnes de L'Écho. Selon cette interprétation, les opérateurs privés pourraient avoir compensé la disparition des bonus et la limitation de leurs possibilités publicitaires en proposant des jeux redistribuant une proportion plus importante des mises. Une telle stratégie permettrait de maintenir l'attractivité de l'offre légale sans recourir aux instruments promotionnels désormais interdits.
Mais plusieurs éléments invitent à la prudence. D'abord, le taux moyen de redistribution d'un secteur dépend de la nature des jeux pratiqués et de leur poids respectif dans les mises enregistrées. Si les joueurs privilégient davantage les jeux affichant les taux de retour les plus élevés, le taux moyen du secteur peut augmenter sans qu'aucun opérateur ait nécessairement modifié les paramètres de ses jeux. Ensuite, les statistiques publiées par la CJH ne détaillent pas l'évolution des taux de retour par machine à sous, par jeu ou par fournisseur.
Il est donc impossible, sur la seule base de ces données, d'affirmer que les casinos belges ont volontairement augmenté les taux de redistribution pour compenser l'interdiction des bonus.
Cette hypothèse reste envisageable, mais elle n'est pas démontrée.
L'évolution des taux de redistribution permet également de mieux comprendre les écarts entre les sommes engagées par les joueurs et les revenus des opérateurs.
En 2025, les casinos belges A/A+ ont enregistré :
Ces chiffres correspondent à un taux moyen de redistribution de 96,53 %.
Il faut cependant rappeler que les mises publiées par la CJH comprennent les mises initiales et les gains réinvestis. Un joueur qui réutilise plusieurs fois ses gains peut ainsi générer un volume de mises très supérieur au montant initialement déposé. Cette particularité explique pourquoi l'augmentation des mises ne correspond pas nécessairement à une augmentation équivalente des pertes des joueurs. En 2025, l'ensemble du secteur privé des casinos, salles de jeux et paris a enregistré 36,35 milliards d'euros de mises, tandis que son GGR est resté pratiquement stable, à environ 1,62 milliard d'euros en incluant également les jeux de café.
Les volumes de jeu et le produit brut des jeux constituent donc deux indicateurs distincts, qui doivent être analysés conjointement.
L'article de L'Écho établit également une comparaison avec la Loterie nationale, dont le taux de redistribution aurait atteint 75,98 % en 2025 pour ses jeux de tirage, billets à gratter et paris sportifs. L'écart avec les taux observés dans les casinos est important, mais ces chiffres concernent des produits dont le fonctionnement est très différent. Les machines à sous, les jeux de casino et certains jeux automatiques permettent notamment de réutiliser immédiatement les gains obtenus. Cette répétition des mises contribue à augmenter les volumes enregistrés.
Les jeux de tirage traditionnels reposent généralement sur des cycles de jeu différents. Un taux de redistribution élevé ne signifie pas non plus automatiquement qu'un jeu présente un risque d'addiction supérieur. La rapidité des parties, la fréquence des gains, les possibilités de rejouer immédiatement, les caractéristiques des jeux et le comportement des joueurs doivent également être pris en considération.
Le seul taux de redistribution ne suffit donc pas à établir une comparaison objective du niveau de risque entre les produits de la Loterie nationale et ceux des opérateurs privés.
Les données du rapport CJH 2025 permettent de tirer plusieurs conclusions. La progression des taux moyens de redistribution est bien réelle. Pour les casinos A/A+, elle représente près de 0,6 point entre 2023 et 2025. Cette hausse est cependant moins marquée entre 2024 et 2025 qu'au cours de l'année précédente.
Par ailleurs, les taux généralement évoqués de 95,5 % et 96,1 % concernent un ensemble de catégories de jeux et ne correspondent pas aux seuls casinos. Enfin, les statistiques disponibles ne permettent pas d'établir une relation directe entre l'interdiction des bonus et l'augmentation des taux de redistribution.
Pour confirmer l'existence d'une nouvelle stratégie commerciale, il faudrait disposer de données plus précises, notamment sur les taux de retour des différents jeux avant et après septembre 2024.
La hausse des taux de redistribution constitue donc un fait statistique vérifiable. En revanche, son interprétation comme une conséquence de l'interdiction des bonus reste, à ce stade, une hypothèse qui nécessite des éléments supplémentaires.