vendredi 3 Avril 2026
Après la publication des données 2024 de la Commission des Jeux de Hasard (CJH), Tom De Clercq, président de BAGO, a pris position publiquement. Il dénonce un effet pervers des restrictions actuelles : rendre le marché légal moins visible, au profit d'un écosystème illégal toujours plus présent.
Dans la foulée du rapport financier 2024 de la Commission des Jeux de Hasard, Tom De Clercq - également CEO de Napoleon Sports & Casino - a choisi de s'exprimer directement sur LinkedIn. Le ton est sans ambiguïté : la contraction du marché légal n'est pas, selon lui, une bonne nouvelle.
Le président de BAGO évoque une situation préoccupante, soulignant que les mesures réglementaires récentes, notamment en matière de publicité, n'ont produit qu'un effet partiel en 2024. Leur impact réel pourrait, selon lui, se faire pleinement sentir en 2025, avec un risque d'aggravation de la tendance actuelle.
Au cœur de son analyse, Tom De Clercq insiste sur une idée centrale : la baisse du marché légal ne signifie pas que les joueurs arrêtent de jouer. Elle traduit plutôt un déplacement vers des offres non régulées.
Selon lui, les restrictions imposées aux opérateurs licenciés réduisent leur visibilité, ce qui laisse le champ libre à des plateformes illégales beaucoup plus agressives sur le plan marketing. Ces dernières exploitent pleinement les réseaux sociaux et les canaux digitaux, sans être soumises aux contraintes belges.
Dans ce contexte, la logique de canalisation - qui consiste à orienter les joueurs vers un environnement contrôlé - se retrouve fragilisée.
La prise de position du président de BAGO vise particulièrement l'arrêté royal du 27 février 2023 encadrant la publicité. Pour lui, cette réglementation crée un déséquilibre structurel.
Les opérateurs légaux, soumis à des règles strictes, deviennent progressivement moins visibles. À l'inverse, les acteurs illégaux occupent l'espace numérique avec des campagnes massives, souvent ciblées vers des publics jeunes et vulnérables.
Tom De Clercq met en avant des chiffres marquants pour illustrer cette dérive : une part significative de joueurs belges aurait déjà fréquenté des sites illégaux, avec une exposition particulièrement élevée chez les jeunes adultes. Il évoque également des volumes importants de publicités diffusées en ligne par ces acteurs, échappant à tout contrôle.
La publication n'a pas laissé indifférent et a rapidement suscité des réactions au sein du secteur. Certains professionnels appellent à une lecture plus nuancée de la situation. Ils rappellent que le statut légal ne garantit pas automatiquement un environnement sans risque pour les joueurs. Dans la pratique, une partie des problématiques liées au jeu excessif se développe également au sein du marché régulé.
Ces réactions soulignent que la protection des joueurs ne peut pas se limiter à une opposition entre légal et illégal, mais doit aussi interroger les pratiques du secteur autorisé lui-même.

Un autre élément mis en avant dans les commentaires concerne l'évolution des canaux d'acquisition. Le référencement naturel, les affiliés et les réseaux sociaux jouent désormais un rôle central. Certains observateurs pointent une prolifération de sites intermédiaires, souvent très simples, qui redirigent vers des casinos illégaux. Ces dispositifs exploitent les failles des moteurs de recherche et bénéficient d'une visibilité importante, notamment dans un contexte où les opérateurs légaux sont limités dans leur communication.
Ce phénomène, déjà bien identifié dans d'autres marchés européens, semble s'installer progressivement en Belgique.
À travers cette prise de parole, Tom De Clercq appelle clairement à une réévaluation des politiques actuelles. Il plaide pour une approche plus équilibrée, qui permettrait de concilier protection des joueurs et efficacité de la canalisation.
Selon lui, cela passe notamment par une meilleure compréhension des effets réels des restrictions en place, un renforcement des moyens du régulateur et une réflexion sur la visibilité des opérateurs licenciés.
Au-delà de la position de BAGO, cette publication met en lumière un débat de fond sur l'avenir du modèle belge. Entre durcissement réglementaire, mutation du digital et pression du marché illégal, l'équilibre reste fragile.
Une chose apparaît néanmoins clairement : la question n'est plus uniquement de savoir comment encadrer le jeu, mais comment garantir que les joueurs restent dans un environnement réellement contrôlé et protecteur.