jeudi 7 Mai 2026
La banque ING Belgique a accepté de payer une transaction pénale de 1,6 million d'euros dans le cadre du dossier de blanchiment visant Didier Reynders. Cette décision, qui éteint les poursuites contre la banque sans reconnaissance de culpabilité, ravive les critiques autour du manque de transparence des transactions pénales en Belgique et remet l'affaire Reynders sous les projecteurs.
Le parquet de Bruxelles a confirmé cette semaine qu'ING Belgique avait accepté de payer une transaction pénale de 1,6 million d'euros dans un dossier lié à l'affaire Didier Reynders. Cette somme correspond au montant maximal prévu par le Code pénal belge pour ce type d'infraction financière.
L'enquête visait la banque pour une possible complicité de blanchiment d'argent. En cause : l'absence de signalement, pendant plusieurs années, d'opérations financières jugées suspectes réalisées par Didier Reynders sur ses comptes ING.
Le parquet rappelle toutefois que cette transaction pénale ne constitue pas une reconnaissance de culpabilité de la part de la banque. En contrepartie du paiement, les poursuites judiciaires contre ING sont désormais éteintes.
L'affaire Reynders a éclaté fin 2024 autour de soupçons de blanchiment d'argent visant l'ancien ministre des Finances, ex-président du MR et ancien commissaire européen à la Justice.
Selon les éléments de l'enquête, Didier Reynders aurait effectué pendant plusieurs années de nombreux dépôts en espèces sur ses comptes bancaires, avant d'utiliser une partie de cet argent pour acheter massivement des billets de loterie et des tickets e-Lotto. Les gains issus de ces jeux étaient ensuite reversés sur ses comptes bancaires, ce qui aurait permis de réinjecter légalement des fonds d'origine suspecte dans le circuit financier.
Le parquet évoque précisément :
Ces opérations n'auraient pas été signalées à temps à la CTIF, la Cellule de traitement des informations financières, pourtant chargée de détecter les opérations suspectes liées notamment au blanchiment d'argent.
Le dossier contre ING trouve son origine dans une dénonciation de la Banque nationale de Belgique (BNB) datant d'avril 2025. La BNB estimait que la banque aurait potentiellement manqué à ses obligations de vigilance et de déclaration concernant une personnalité politiquement exposée.
Dans le secteur bancaire, les mouvements atypiques réalisés par des responsables politiques ou anciens ministres sont soumis à des contrôles renforcés dans le cadre de la lutte anti-blanchiment.
Or, selon l'enquête, ING aurait détecté certaines opérations suspectes plusieurs années avant leur signalement officiel aux autorités financières. Le parquet précise également que deux anciens employés de la banque ont été identifiés et entendus. Une décision doit encore être prise à leur sujet.
Cette décision provoque déjà de nombreuses réactions politiques en Belgique. Plusieurs partis dénoncent un système permettant à de grandes entreprises ou à des personnalités influentes d'éviter un procès grâce à un accord financier avec le parquet.
Le parti DéFI, notamment par la voix de Sophie Rohonyi, critique un manque de transparence et de moralité dans ce type de procédure. D'autres formations réclament désormais une commission d'enquête parlementaire afin d'examiner les éventuels dysfonctionnements dans le contrôle bancaire et judiciaire du dossier.
Le débat autour des transactions pénales n'est pas nouveau en Belgique. Le mécanisme reste particulièrement controversé depuis l'affaire dite du « Kazakhgate », qui avait déjà mis en lumière les liens sensibles entre justice, politique et grandes affaires financières.
À ce stade, Didier Reynders continue de nier toute infraction. Son entourage affirme que les fonds en espèces proviendraient notamment de ventes d'œuvres d'art. L'ancien commissaire européen n'a pas commenté publiquement la transaction conclue par ING. Mais le dossier judiciaire principal le visant reste ouvert et continue de faire l'objet d'investigations.