dimanche 17 Mai 2026
L'Autorité Nationale des Jeux (ANJ) française vient de dévoiler un algorithme capable d'identifier les joueurs présentant une "forte probabilité" de comportement excessif. Selon le régulateur français, près de 600.000 joueurs seraient concernés et représenteraient 60 % du Produit Brut des Jeux des opérateurs. Une annonce qui relance immédiatement une question en Belgique : la Commission des Jeux de Hasard (CJH) pourrait-elle un jour adopter des outils similaires ? Et surtout, ces nouvelles approches risquent-elles de renforcer encore l'attrait des casinos illégaux ?
La France vient de franchir une nouvelle étape dans la régulation des jeux d'argent en ligne. Le 13 mai 2026, l'Autorité Nationale des Jeux (ANJ) a présenté un algorithme destiné à détecter les joueurs considérés comme "excessifs" ou "manifestement excessifs".
Selon le régulateur français, cet outil basé sur 23 indicateurs comportementaux aurait identifié environ 600.000 joueurs à risque sur les plateformes de jeux en ligne et les comptes FDJ et PMU. Plus marquant encore : ces joueurs représenteraient à eux seuls près de 60 % du Produit Brut des Jeux (PBJ) du marché français.
Une annonce qui dépasse largement les frontières françaises et qui pourrait intéresser directement la Belgique, où les contrôles autour des jeux de hasard se sont déjà fortement renforcés ces dernières années.
L'ANJ explique que son système s'appuie sur plusieurs critères :
L'objectif affiché est clair : pousser les opérateurs à identifier davantage de joueurs "à risque" et à intervenir plus rapidement via des limitations, des contacts préventifs, voire des fermetures de comptes.
Le régulateur français estime aujourd'hui que les dispositifs mis en place par les opérateurs sont encore insuffisants.
Cette approche marque une évolution importante dans la régulation européenne des jeux d'argent : le contrôle ne repose plus uniquement sur les limites légales ou l'auto-exclusion, mais de plus en plus sur l'analyse automatisée du comportement des joueurs.
Même si aucun projet similaire n'a été annoncé officiellement en Belgique, plusieurs éléments montrent que le marché belge évolue déjà dans cette direction. La Commission des Jeux de Hasard (CJH) dispose en effet d'un accès très important aux données des opérateurs agréés.
Le système EPIS permet déjà :
Depuis le 1er mai 2025, la Belgique impose également une vérification d'identité avant même de pouvoir jouer sur un casino en ligne légal. Une mesure parmi les plus strictes du marché européen.
Parallèlement, les restrictions publicitaires imposées par l'arrêté royal du 27 février 2023 ont profondément transformé le paysage des jeux d'argent en Belgique :
Dans ce contexte, l'apparition future d'outils algorithmiques de détection des comportements de jeu ne semble plus totalement improbable.

L'approche française soulève déjà plusieurs débats.
Certains experts estiment que ces outils permettront d'identifier plus rapidement les situations problématiques et de renforcer la protection des joueurs vulnérables.
D'autres s'inquiètent toutefois de la montée d'une forme de "surveillance comportementale" des joueurs.
Car concrètement, ces algorithmes analysent :
Autrement dit, une partie importante de l'activité des joueurs devient analysée automatiquement afin d'établir un niveau de risque.
La question devient alors sensible : jusqu'où un régulateur peut-il aller dans l'analyse des comportements individuels au nom de la protection du joueur ?
C'est probablement le point qui inquiète le plus les opérateurs du secteur. En France comme en Belgique, plusieurs acteurs estiment déjà que l'encadrement croissant du marché légal pousse une partie des joueurs vers des plateformes illégales beaucoup moins restrictives.
En Belgique, ce débat revient régulièrement dans les prises de position de BAGO, l'association représentant plusieurs opérateurs agréés.
Le marché belge fait déjà face à plusieurs difficultés :
Dans ce contexte, certains observateurs craignent qu'un modèle de surveillance encore plus poussé puisse accélérer la migration d'une partie des joueurs vers des opérateurs non agréés.
Ces sites illégaux présentent pourtant des risques importants :
Pour le moment, aucune annonce officielle ne laisse penser que la Belgique prépare un algorithme similaire à celui de l'ANJ. Mais les évolutions récentes montrent clairement une tendance européenne vers une régulation de plus en plus centrée sur :
La France pourrait ainsi servir de laboratoire pour de futures évolutions réglementaires dans d'autres pays européens, y compris en Belgique.
Reste désormais une question essentielle pour l'ensemble du secteur : comment renforcer la protection des joueurs sans fragiliser davantage l'attractivité du marché légal face à l'offre illégale ?